Rokia Traoré, diva africaine engagée

Au Glenmor, à Carhaix, Rokia Traoré a réuni 350 spectateurs avec son spectacle Roots, célébration acoustique de la tradition mandingue.

Elle s’avance, hiératique, dans la pénombre de la scène de l’espace Glenmor, précédée par trois jeunes choristes maliennes vêtues de longues robes rouges. « Merci d’être venus partager avec nous ces moments de musique, de conviction, d’optimisme et d’énergie », lance la chanteuse Rokia Traoré avant d’entamer une première mélopée en langue bambara d’une voix délicate et intense. Des 21 cordes de sa kora, la harpe traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest, Mamadyba Camara tire de son côté, de longs riffs hypnotiques et répétitifs entremêlés des vocalises de Kadidiatou Sangaré, Fatim Kouyaté et Bintou Soumbounou.

« Dans la précarité générale qui règne au Mali, les jeunes artistes ont du mal à vivre de leur métier », enchaîne bientôt la cantatrice africaine en évoquant sa fondation Passerelle. « Je ne suis pas riche. Mais je donne de mon énergie et de mes revenus, tirés de mes concerts, pour permettre aux jeunes talents africains d’accéder à la scène. »

Une interprétation renversante

Rejoint par Mamah Diabaté et Habib Sangaré au n’goni et au bolon, violon et contrebasse traditionnels du Mali, le chant de Rokia Traoré se fait bientôt plus ample et le geste plus expressif.


Rokia Traoré a bouleversé le public du Glenmor avec Roots, un pur joyau acoustique salué par une ovation debout des 350 spectateurs. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


« Nous n’avons pas vraiment chez nous, une tradition de chant polyphonique. Mais avec nos jeunes choristes, nous avons voulu tenter l’expé- rience », glisse l’artiste à l’attention des 350 spectateurs du Glenmor, avant d’annoncer Conakiri. « Une chanson de Guinée-Conacry en version filles. À Passerelle, sourit la chanteuse, nous aimons bien ça. »

Passant d’une mélopée aux accents solinké, à une complainte du répertoire des griots évoquant la femme buffle de l’épopée mandingue, Rokia Traoré livre également en


anglais, une reprise habitée du Zimbabwé, de Bob Marley. « Un artiste que j’adore et dont j’admire l’engagement des textes. » Avant d’offrir en français, douleur vibrante au bord des lèvres, une interprétation renversante et parsemée d’éclats d’ébène de Ces gens-là, chanson mythique de Jacques Brel. Diva élégante et engagée, Rokia Traoré a célébré avec Roots, la fierté de racines africaines inscrites dans l’histoire du monde.

Jean-Pierre Bénard


Chronique du concert donné par la chanteuse malienne Rokia Traoré, le mercredi 17 octobre 2012 à l'espace Glenmor, à Carhaix (Finistère).