Sanseverino : « On peut aimer le métal et la java »

Le chanteur Sanseverino est de retour sur la scène avec son dernier album Honky Tonk. Rencontre avec un artiste amoureux du mélange des styles.


Vous écrivez vos chansons comme des tranches de vie, un peu à la manière de François Béranger. Est-ce c’est un chanteur qui a beaucoup compté pour vous ?

Quand j’ai commencé à aimer les chansons de François Béranger, c’était au début des années 80 et il avait déjà fait une bonne douzaine d’albums. J’étais très intéressé par ce qu’il disait et comment il le formulait. À des endroits, Béranger avait choisi de mettre des refrains, à d’autres, non. Certaines de ses chansons étaient aussi écrites très librement, d’après une musique déjà écrite. Parfois non. En fait, il avait plein de techniques différentes. On pourrait presque dire que c’est un « décrivain ». Quelqu’un qui décrit bien. Bref, j’ai tout de suite été un grand admirateur et je pense que tout ça me sert aujourd’hui inconsciemment.

Vos arrangements sont très fouillés avec beaucoup de références musicales. Votre inspiration est un peu tous azimuts ?

Oui. J’ai plusieurs disques chez moi, alors que certains chanteurs donnent l’impression de n’en avoir que deux : un Dylan et un autre de Sardou. Ça semble être leurs seules références et je trouve ça un peu triste. Il y a pourtant des magasins de disques -- enfin, en ce moment, il y en a plutôt de moins en moins -- Mais, si on fouille un peu, on peut se débrouiller pour en trouver. Oui, je fouille et je n’hésite pas à mettre dans un truc folk, un autre que j’ai bien aimé chez Django. Ou de mettre une citation rock’n’roll dans un morceau swing. J’ai toujours un peu tout mélangé pour faire ma propre world music.

Le bluegrass, la musique que vous avez adopté pour Honky Tonk, votre dernier album, c’est aussi une musique de brassage ?

Oui, mais c’est une musique moins sympathiquement métissée que la musique touarègue, parce que le bluegrass, on a plus entendu ça chez le Klu Klux Klan que chez les altermondialistes. Mais je m’en fiche un peu. Ce qui m’intéresse, c’est l’harmonie et l’énergie de cette musique. C’est vrai, il y a des artistes de bluegrass très conventionnels, voire religieux ou en tout cas très moralistes. En bref, assez américains. Mais, à partir du moment où je ne dis pas : ce n’est pas bien de tromper sa femme ou il faut croire en Dieu, j’ai l’impression d’être beaucoup moins réactionnaire qu’eux (rires).


« Avec le bluegrass, pas besoin de grandes explications : ça joue et puis tout le monde fait des solos dans tous les sens. Même quand ça chante, il y a des chorus derrière. C’est très agréable à faire et à écouter », dit aussi Sanseverino à propos d’ Honky Tonk. (Photo©Droits réservés).


Sur Honky Tonk, vous jouez avec Christian Séguret et Christophe Cravero qui sont des pointures dans leur genre. Vous les avez rencontrés comment ?

Christophe Cravero, je le connais depuis très longtemps, parce qu’il jouait déjà dans la tournée des Sénégalaises, en 2003. Christian Séguret, c’était mon premier prof de guitare, dans les années 85. Après, il avait un peu disparu puisqu’il était parti habiter aux États-Unis. Depuis, on s’est retrouvés et quand je lui ai proposé ce projet d’album de bluegrass -- ainsi qu’à Jean-Marc Delon, un des très rares banjoïstes cinq cordes en France qui joue aussi avec nous -- ils ont dit oui tout de suite.

Est-ce vous êtes déjà venu jouer en Bretagne ?

Oui. Des milliards de fois. Un groupe ou un artiste qui ne vient jamais jouer en Bretagne, il y a de sérieuses questions à se poser sur la conduite de sa carrière de scène. Il y a un nombre assez incroyable de lieux pour accueillir la musique chez vous.


Il y a Carhaix, bien sûr, qui en est le centre avec le festival des Vieilles Charrues. Les Bretons adorent la musique et ça semble vraiment faire partie de la culture locale.

Vous dites au détour d’une de vos chansons, que « Les rockeurs aiment la java ». Vous en êtes sûr ?

Oui. Avec le mouvement punk de la fin des années 70, tout un tas de gens ont décidé qu’on pouvait s’amuser avec toutes les musiques. On est sorti de la détestation entre amateurs de variété et rockeurs. Entre partisans de la musique classique et du jazz. Le punk a réuni tout ça, en amenant les gens à se défaire de l’esprit de clan. On peut aimer le métal et la java, à partir du moment où on a les oreilles ouvertes.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Entretien avec le chanteur Sanseverino, écrit et publié en octobre 2013 à l'occasion de son concert au Glenmor, à Carhaix (Finistère).