Sarocchi, l’amour du chant Corse au Glenmor

Dimanche, le Théâtre du Kreiz-Breizh accueille un des groupes phares de la renaissance vocale et instrumentale de l’Île de Beauté.


Il est à cheval entre la Corse et Paris, depuis qu’il vit de la musique. «C’est assez indispensable. Attendre que le téléphone sonne en Corse, ce n’est pas forcément facile», confie avec un sourire dans la voix Benedettu Sarocchi, chanteur et membre fondateur de Sarocchi. Un groupe de chants et de musiques traditionnelles corses, créé en 1998 pour continuer de faire vivre le patrimoine musical de l’île.

Un chant traditionnel avec lequel Benedettu est en amour depuis l’adolescence. «Je n’ai pas beaucoup de mérite. Je suis issu de Rusiu, un petit village du centre Corse réputé pour ses chanteurs. Des équipes de l’Unesco et des dizaines d’universitaires, spécialistes des musiques traditionnelles, sont venus-là pour enregistrer ces derniers représentants de la tradition orale au contact desquels j’ai eu la chance de grandir.» Faute d’oser chanter en leur présence, c’est dans la cour du lycée que le jeune Sarocchi s’est enhardi. «En les voyant chanter, je me suis dit que je pouvais le faire aussi.»

«Qui ne chante pas ?»

A 15 ans, il ose pour la première fois au cours d’une fête au village. «Après, c’était systématique. On me demandait pour les messes, les mariages... Et aussi pour les enterrements», se remémore-t-il à propos d’une cérémonie d’adieu à un gars du pays, «Releveur des compteurs EDF». Une époque où le chant avait une fonction


Dimanche, à l’espace Glemnor, Benedettu Sarocchi (deuxième en partant de la droite) et ses amis chanteurs et musiciens, se proposent de rendre hommage à l’art insulaire puissant et original des chants et musiques traditionnelles corses. (Photo : droits réservés).


sociale encore bien réelle. «Avec des fêtes spontanées, sans aucune stimulation extérieure. J’étais là, avec mon oncle ou mon père, et je demandais : qui chante et qui ne chante pas ?», raconte-t-il, stupéfait, après coup, de constater qu’une bonne moitié du village était capable de se lancer tout de go dans une polyphonie. «Je demandais à mon oncle : et celui-là, il ne chante pas ?» Mais si, celui-là chantait aussi. Enfin, autrefois. «Si tu l’avais entendu, quand il était plus jeune», lui répondait alors son oncle.

Aujourd’hui, c’est cette tradition-là que les musiciens de Sarocchi entendent perpétuer et faire connaître au public de France et d’ailleurs. «On veut pouvoir montrer un peu toutes les facettes de la musique corse : musique à danser et chants à une ou plusieurs voix.


Il y a une sorte d’intemporalité de ce répertoire ancien qui nous séduit beaucoup. Pour une raison toute simple : on aime chanter ces chants qui ne viennent pas de nulle part.» A cheval entre la Corse et Paris, les membres de Sarocchi n’y peuvent rien. Leurs polyphonies d’origine auront toujours leurs préférences.

Jean-Pierre Bénard

Annonce du concert de Sarocchi à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère), du dimanche 4 février 2007.