La gwerz polyphonique de Sarocchi

Dimanche à l’espace Glenmor, les chanteurs corses ont donné un aperçu des chants traditionnels à plusieurs voix de l’Île-de-Beauté, devant un public de 300 spectateurs.


Ils font leur entrée sur scène tout de noir vêtus. Debout en demi-cercle, la main droite collée sur l’oreille, les quatre chanteurs venus de Corse lancent un premier chant religieux à plusieurs voix. «Le Salve sancta parens suivi de Tanti passi. Une paghjella, autrement dit un chant profane racontant les tribulations d’un jeune homme amoureux», explique Benedettu Sarocchi, le chanteur et fondateur du groupe, au sortir de cette première suite lancée a cappella. A voix nue et en langue du pays.

Mêlant à nouveau son timbre à celui de ses compères en polyphonie, le chanteur embarque aussitôt son monde pour le sud de son île natale et le nord de la Sardaigne. «Avec U liò di Roccapina, Le lion de Roccapine, un chant à multiples strophes contant de façon humoristique le départ au régiment», indique-t-il avant de faire sonner le grand cistre corse, un instrument à 16 cordes de la famille du luth, bientôt rejoint par le violon de Christian Tétard et la guitare basse de Saveriu Giacometti.

«Poésie de haute voltige»

«Nelli monti di Cuscione, era nata una zitella», dans les Monts de Cuscione était née une petite fille, chantonne-t-il également avec cette berceuse matinée d’un peu de langue toscane. «D’ailleurs, il y en a parmi vous qui se sont endormis !», note-t-il malicieusement à l’adresse d’un public du Glenmor qui s’en défend.


Ancien chanteur d’A Filetta, Benedettu Sarocchi est aussi la voix principale et le fondateur de Sarocchi, le groupe de chants traditionnels corses qu’il a créé en 1998.


«Oh Corse ! Que t’ai-je fait, moi qui t’ai nourrie depuis des siècles ?», lance-t-il aussi avec cette reprise de Lamentu di castagnu, la lamentation du châtaignier, une poésie écrite en langue corse par Paoli di Tagliu en 1905. «Un des poètes les plus emblématiques de l’île. C’est de la poésie de haute voltige. Il y a du sens», ajoute le chanteur au sujet de cette chanson déplorant l’exploitation sans rime ni raison de l’arbre à pain. «Autrefois nourricier du peuple corse pendant les périodes de disette». Mêlant les suites de scottishes festives où le jeu en doubles cordes du violon se taille la part du lion, les chanteurs de Sarocchi n’oublient pas non plus d’évoquer toutes les facettes des chants traditionnels.


Malheurs d’une aubergiste ruinée par l’arrivée du train ou épreuves subies par les soldats de la Grande guerre, se succèdent à la manière d’une gwerz bretonne relatant de sombres faits divers.

Surprenantes pour des oreilles modernes et flirtant parfois avec les intervalles mystérieux du chant bulgare, les mélopées âpres et austères du groupe Sarocchi sont parvenues néanmoins à toucher le cœur du public carhaisien. Définitivement séduit par leur beauté dépouillée de tout artifice et l’amour visible porté par ses interprètes aux chants de l’Île-de-Beauté.

Jean-Pierre Bénard


À cet emplacement figure une photo des comédiens du Théâtre de l'Arche au moment du rappel.

Les musiciens de Sarocchi ont donné un concert dépouillé de tout artifice, porté seulement par la voix de ses quatre chanteurs et la musique du violon, du cistre ou d’une basse acoustique.


Chronique du concert de Sarocchi donné à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère), le dimanche 4 février 2007.