Le chanteur a donné un concert unique devant 400 admirateurs au Glenmor

Gilles Servat, barde poète et amoureux


Dimanche, comme il l’avait promis à l’occasion de l’enregistrement de son dernier album, Gilles Servat est revenu sur la scène de l’espace Glenmor. Pendant plus de deux heures, devant un parterre de 400 admirateurs et en compagnie du bagad de Lokoal-Mendon, le barde breton a donné à entendre les chansons tirées de Sous le ciel de cuivre et d’eau, avant de reprendre la Blanche hermine, sa chanson fétiche en ultime rappel.

Quelques notes au piano de Philippe Bizais et il entre en scène, tout de noir vêtu. Gilles Servat est de retour et les applaudissements de ses 400 admirateurs parlent déjà d’émotion. «Les œillets se fendent sous le sel de Saint-Guénolé», lance-t-il d’emblée, en sussurant les paroles du Moulin de Guérande, une chanson ouverte sur ses souvenirs bleutés d’enfance bretonne.

«Si tu t’en vas, l’eau désertera le lit des rivières et la pluie en feu descendra brûler le cœur des pierres», chante-t-il aussi, en forme de supplique poétique et amoureuse psalmodiée sur les riffs électriques du hard-rockeur Pat O’May. Le cœur toujours percé de sentiments ambivalents, entre mélancolie, rage, amour et douceur mêlés, Gilles Servat sait aussi célébrer l’exaltation apportée par la danse. «Les bigames et les bigots, les anars, les cocos. Dansez la gavotten !», s’exclame-t-il, en reprenant cette chanson écrite en hommage aux festoù-noz, et créée à l’occasion d’un festival des Vieilles Charrues.


Dimanche, Gilles Servat a donné un concert unique à l’espace Glenmor en compagnie du bagad de Lokoal-Mendon à l’occasion de la sortie de son nouvel album «Sous le ciel de cuivre et d’eau.»

«Nous avons la chance en Bretagne de pouvoir vivre ça», ajoute cet infatigable défenseur d’une culture bretonne ouverte à tous, et, par-dessus tout, de la langue parlée au bout du monde. «Kenavo plac’hig yaouank, kenavo. Kar 'harzh fin d’am c’honje marteze vin maro. Adieu, jeune fille, adieu, car à la fin de mon service je serai peut-être mort», chante-t-il également en breton, avec sa version de la chanson traditionnelle Marig ar Polanton.

Le général des sonneurs

«Le rayonnement du français est dû à des circonstances historiques, et les langues minoritaires qui ne l’ont pas connu ne sont pas pour autant des langues minables», se fâche-t-il, à l’attention, «d’un chroniqueur venu parler à la radio pour se moquer de la culture bretonne.»

De coup de gueule contre la marée noire du Prestige partagé avec ses amis galiciens, en chansons à la gloire des classes bilingues, Gilles Servat se souvient aussi de ce qu’il doit au poète Pierre-Jakez Hélias et au «général des sonneurs», Polig Montjarret. «Sans lui, à quelles musiques serions nous condamnés aujourd’hui ?», s’interroge-t-il, avant que ne sonne le rappel de Mulls of Kintyre, la chanson de Paul Mc Cartney, autrefois enregistrée avec les cornemuses du pipe band écossais des Shotts, et reprise sur la scène du Glenmor avec ses amis du bagad de Lokoal-Mendon.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Gilles Servat, donné le dimanche 16 octobre 2005 à l'Espace Glenmor de Carhaix, (Finistère).