Dossier sur les danses traditionnelles du Québec

Le set carré : une importation récente



Lorsque l'on compare la formation, les figures et la finale, ainsi que le déroulement de nos sets carrés avec ceux de plusieurs squares américains, la filiation devient claire et évidente. Dès 1940, Ovila Légaré mentionnait l'origine américaine des sets carrés (8) :

«Mais, de toute façon, comme il s'agit de danses américaines adaptées chez nous...» (p.4)

Cette remarque de M. Légaré fait suite à un exposé concernant la traduction des termes «Set» et «Caller», dont il ne retrouve évidemment pas d'équivalent en français de chez nous. Faut-il rappeler que les calleurs traditionnels collectés dans les années 1960 ou 1970 ne callaient pour la plupart qu'en anglais ? Et cela même si les danseurs étaient francophones !

Reste donc à connaître le moment de l'importation de ce genre de danse au Québec.

Les premières mentions américaines du terme «Call» datent approximativement de 1825 (9), bien que le call chanté semble plutôt dater de la seconde partie du siècle (10).

De la contredanse au set carré

Aux États-Unis comme chez-nous, c'est la contredanse (anglaise ou française) qui semble occuper la scène jusqu'au début du XIXe siècle. Le quadrille fera son apparition dans les années 1820, en même temps que sont adoptées chez nous des danses d'origine britannique (reels et gigues). Rappelons que le quadrille n'est en fait qu'un «pot-pourri» de figures de contredanses françaises. C'est grâce à ces deux formes de la contredanse (la française et l'anglaise) que le set carré verra le jour.


La forme anglaise faisait partie du répertoire de la Nouvelle- Angleterre depuis le début de la colonie, tandis que la française s'y implanta suite aux intenses échanges franco - américains ayant eu lieu surtout dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L'implication de la France dans la révolution américaine, via La Fayette et les troupes de Rochambeau, est connue de tous. On pourrait aussi ajouter que la nouvelle capitale (Washington) fut conçue par l'architecte français Pierre L'Enfant.

Contredanse et cotillon

Concernant la danse, on sait que quantité de maîtres à danser français sillonnaient les routes du pays, diffusant ainsi les danses à la mode dans leur pays d'origine, c'est-à-dire essentiellement la contredanse et le cotillon. Selon M. Damon, le premier maître à danser français dont on retrouve une trace s'appelait Monsieur Sherlot, et semblait travailler dans la région de Boston, quelques années avant la révolution. C'est surtout après 1776, puis suite à la guerre Anglo-américaine de 1812, que les maîtres français afflueront, profitant du (léger) phénomène de refus des danses anglaises au profit des françaises.

Il fallut évidemment que ces danses, enseignées tout d'abord à la noblesse et aux bourgeois, s'étendent au monde rural. Il y aurait ici matière à une étude approfondie des modes de diffusion du répertoire urbain et bourgeois vers le monde rural. Étude qui, à notre connaissance, n'est pas encore réalisée. On peut tout de même estimer que le square américain date du milieu du XIXe siècle, et que son implantation chez nous (sous la forme du set carré)


se situe dans la seconde moitié du XIXe siècle, sinon vers la fin du siècle.

Des points à élucider

Que le set carré soit d'importation américaine, que ce soit par ses figures, son déroulement ou son association obligée au call, semble assez clair. Plusieurs points concernant son origine et son développement restent encore à élucider. Par exemple :

Le call et le set sont actuellement indissociables. En a-t-il toujours été de même ? et pour quelles raisons ?

Par quels moyens les cotillons français ont-ils gagné les couches populaires aux États-Unis, et comment se sont-ils fondus au répertoire anglo-saxon ?

Et surtout, à quel moment exactement et de quelle manière ces danses américaines ont-elles pris souche au Québec ?

Bien des questions qui sont loin d'être résolues. Pour y répondre, il nous faudra découvrir d'autres sources imprimées, comparer d'autres collectes en danse, mieux s'informer des recherches de nos voisins du Sud, etc. Travail d'envergure, mais essentiel lorsque l'on connaît la place prédominante du set au Québec.

Pierre Chartrand

 

  • NB : les intertitres sont du webmestre.
  • Pour en savoir plus sur la danse traditionnelle, voir les articles publiés par Pierre Chartrand sur le site de Danse cadense.

Notes :

1. Plusieurs appellations sont utilisées pour ce genre de danse : danse callée, set callée, danse carrée et set carré. Pris isolément, le mot «set» apparaît dès le XVIIe siècle en Angleterre (dans «set and turn»). Depuis cette époque il fut utilisé par les Écossais, les Irlandais (ex. Kerry set), dans le cotillon ou le quadrille (Paine's First set of Quadrilles). Au XIXe siècle il devient surtout synonyme de «pot-pourri», «ensemble de»...

2. Il ne s'agit pas de vraies «contredanses à quatre» ou «à six» dans lesquelles les couples impairs progressent de place en place en descendant la danse, tandis que les couples pairs progressent en remontant la danse, mais plutôt de danses dans lesquelles le premier couple se retrouve à la dernière place une fois qu'il a exécuté la suite des figures de la danse. Il s'ensuit qu'il n'y a qu'un couple actif à la fois contrairement aux «vraies contredanses».

3. Pour une histoire détaillée de la contredanse française au XVIIIe siècle, consulter La Contredanse et les renouvellements de la danse française, Jean-Michel Guilcher. Pour de plus amples renseignements sur les quadrilles et cotillons au Québec consulter La Danse traditionnelle dans l'est du Canada, Quadrilles et cotillons. Simonne Voyer.

4. Les couples sont numérotés de un à quatre dans le sens inverse des aiguilles de la montre. Pour plus de détails, voir le chapitre «Formation» de La danse traditionnelle dans le Bas-Saint-François.

5. West Virginia Squares Dances, Dalsemer, Robert G., et Traditional Dance in Missouri, Volume one, Southern Missouri Jig Dancing, Lippincot, Peter and Marget.

7. La version de Greenville correspond en fait à notre Set à crochet.

8. Sets callés (danses carrées), Ovila Légaré.

9. Travel through north America, During the Years 1825-1828, Bernard, Duc de Saxe-Weimar-Eisenach. Concernant un bal ayant eu lieu à Columbia (Caroline du Sud) dans lequel les figures étaient callées par un violoneux.

10. Pour plus d'informations concernant l'histoire du call et de la danse traditionnelle américaine en général, consulter The History of Square-dancing, Damon, S. Foster.

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