Dossier sur les danses traditionnelles du Québec

Le set carré : une origine américaine ?



Un set carré est une suite de danses carrées qui s'exécutent l'une après l'autre, avec un court arrêt entre les parties, sans que les danseurs retournent s'asseoir, et où la dernière partie (finale), est enchaînée avec la précédente. Les textes qui suivent sont parus dans le Bulletin Mnémo, ou d'autres publications, du  Centre Mnémo, centre de recherche et d'archivage des musiques et danses traditionnelles au Québec.

Formation du set carré

Le dispositif en carré de quatre couples n'est pas propre qu'au set carré. On le retrouve dans le quadrille et dans le cotillon, aussi bien dans leur formes originales des XVIIIe siècle et XIXe siècle, que dans leurs versions traditionnelles recueillies au Québec. (3)

Les différentes figures

Les figures qui composent les danses de la région de Bas Saint-François, (*) différencient déjà un peu mieux le set carré du quadrille ou du cotillon.

Les figures observées sont de deux types : celles provenant des quadrilles (et par-delà des cotillons ou contredanses françaises du XVIIIe siècle) et celles ayant des origines anglo-saxonnes. La figure d'origine britannique est généralement beaucoup plus fluide dans son parcours que la française. Cela on le remarque dès le XVIIIe siècle, au moment où la France importe les Country-dances d'Angleterre, puis commence à en créer elle-même. Les figures composées en France perdront souvent le dynamisme des parcours anglais, pour gagner en symétrie et en ornementation des pas. Ainsi les figures principales de Ladies around the ladies, gents around gents ou Three by three sont bien d'origine anglo-saxonne, tandis que la Grande chaîne, les Promenades, ou les Chaînes des dames sont plus représentatives de l'esprit français.

Les sets décrits dans les pages qui suivent représentent donc un fin mélange des deux genres de figures, les françaises et les anglaises.

Le déroulement

Bien que le quadrille, le cotillon ou le set se disposent en carré de quatre couples, ce dernier est le seul à faire progresser la figure de couple en couple. Ainsi, le premier couple (4) danse avec le deuxième,


puis avec le troisième, et termine avec le quatrième. Tandis que dans le cotillon ou le quadrille, les couples face-à-face (premier et troisième) exécutent les figures pendant que les deux autres attendent leur tour. Les deux couples de côté (deuxième et quatrième) exécutent ensuite la même suite de mouvements. On passe alors à une nouvelle figure. À l'opposé du set qui fait répéter la même figure trois autres fois par le deuxième couple (avec le troisième, le quatrième, puis le premier), puis par le troisième, puis finalement par le quatrième. Le Corps de la danse est donc répété douze fois dans le set carré, tandis que les figures du quadrille et du cotillon ne sont exécutées que deux fois, ou même qu'une fois lorsqu'elles sont dansées en colonnes de couples (comme dans Portneuf par exemple).

Les origines du set carré

Nous avons vu que les figures du set carré prennent leurs sources dans la danse française ou anglaise. Ce qui ne veut pas dire que le set soit lui-même d'origine européenne. Au contraire, tout semble indiquer que le set, tel qu'on le connaît au Québec, provient plutôt des États-Unis.

Tout d'abord parce qu'on ne retrouve rien de similaire au set carré en France ou dans les Îles britanniques, tandis qu'il est plus que fréquent de trouver des squares américains semblables à nos sets carrés. Aussi est-il nécessaire d'entrevoir ce qu'on entend par «squares» chez nos voisins du Sud.

Les squares américains

Pour illustrer notre propos, nous prendrons deux exemples de collectes effectuées, l'une dans le Missouri, l'autre en Virginie de l'Ouest (en 1977-1978) (5). Les squares de ces deux régions sont toujours callés, le calleur faisant souvent partie du set (6). Dans ce cas, il y a donc autant de calleurs qu'il y a de sets. Mentionnons aussi que l'appellation «squares» n'est pas uniquement réservée aux danses ayant comme formation le carré de quatre couples. Les danses de Virginie sont à nombre indéterminé de couples, bien qu'un nombre pair soit nécessaire, tandis que celles du Missouri sont toujours à quatre couples en carré. Plusieurs figures de base se retrouvent cependant dans les deux régions. Ces danses sont souvent constituées de trois figures (comme nos trois parties de sets, ou nos trois «changes» ou «chaînes»).


En fait, il s'agit toujours d'un cercle progressif (à quatre couples ou plus) dans lequel le couple actif répète la figure de base (relativement simple et courte) avec tous les couples qu'il rencontre (le deuxième, le troisième, etc.). En cela, ces danses correspondent tout à fait aux sets à six, huit ou douze couples qu'on retrouve dans la vallée de l'Outaouais. En Virginie, il est fréquent de changer de figure à chaque nouveau couple actif ou même parfois à chaque nouveau couple rencontré par le couple actif. Plusieurs figures composant ces danses américaines ne nous sont pas étrangères :

  • l'Oiseau dans la cage (Bird in the Cage, Greenville (7), Missouri, et New Creek, Virginie) ;
  • les Mains blanches (Two Little Hobos, Greenville, Missouri) ;
  • la Queue du loup (Wind Up the Grapevine, Greenville, Missouri) ;
  • Coupez par six (Cut Away Six, Greenville, Missouri) ;
  • Ladies around, gents don't go (pas de nom spécifique, New Creek et Dunmore, Virginie) ;
  • Dive for the Oyster (Greenville, Missouri, légèrement différente de celle de l'Avenir) ;
  • Four by four (Morgantown, Virginie, on utilise cette figure pour clôturer le Corps de la danse) ;

La grande majorité de ces danses sont structurées de la manière suivante : Introduction, Figure (ou Corps de la danse), Break (Transition), Ending (Finale). Là encore, la similitude avec le répertoire du Québec est évidente.

L'Introduction la plus fréquente pour les danses de Virginie se compose de Demi-tours à gauche et à droite, de Swings et de Promenades, tandis que celle du Missouri est invariablement constituée de Demi-tours à gauche et à droite, Main gauche au coin et Grande chaîne, Swing successif avec les quatre partenaires, et Promenades. Ces Introductions sont encore là très similaires sinon identiques à celles rencontrées au Québec.

Pierre Chartrand

 

  • NB : les titres et intertitres sont du webmestre.
  • (*) Lire : La danse traditionnelle dans le Bas Saint-François, Normand Legault et Pierre Chartrand, Édition Centre Mnémo, Drummondville (Québec) 1996.
  • Pour en savoir plus sur la danse traditionnelle, voir également les articles publiés par Pierre Chartrand sur le site de Danse cadense.

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