Shigeko Hirakawa, artiste engagée, à Trévarez

À Trévarez, durant tout l'été 2014, l'artiste contemporain Shigeko Hirakawa a exposé ses oeuvres engagées autour du thème de l'eau précieuse. Humaniste et pédagogue, elle milite à travers chacune de ses créations pour la préservation de cette ressource naturelle, indispensable à la vie sur la planète.

Née dans une île du sud du Japon en 1953, Shigeko Hirakawa, dès son plus jeune âge, est marquée à la fois par l'art et par les quatre éléments : l'eau, l'air, la terre et le feu. « À trois ans, ma mère m'a emmenée dans un musée privé, tout récemment ouvert par un mécène, amoureux de l'art. J'ai lâché la main de ma mère, j'ai couru et contemplé très longtemps les toiles, complètement fascinée. Puis, tout de suite, j'ai suivi des cours de peinture, confie l'artiste. J'ai fait d'abord des études d'histoire du Japon, avant d'obtenir, à 24 ans, une bourse de l'Ambassade de France pour suivre les cours d'Olivier Debré aux Beaux-Arts de Paris. »

« Mais où va l'eau ? »

Elle se lance alors dans la troisième dimension, lors d'un salon de peinture au Grand-Palais, puis dans la sculpture du vivant, à Saint-Jean-de-Braye, en 1992. « La motte de gazon, retirée du sol pour cette performance pesait 300 kg avec la terre, l'eau et l'herbe... Et je me demandais : mais où va l'eau, après ? Ca a été un vrai choc : penser à l'intervention de la nature a été extrêmement nourrissant pour moi au plan du questionnement intellectuel. Travailler avec les quatre éléments est venu de cette première expérience », poursuit Shigeko Hirakawa. Au pays du soleil levant, Hirakawa veut dire rivière. Le prénom prédestiné de Shigeko est, lui, composé de deux idéogrammes japonais.


Shigeko Hirakawa devant le grand bassin du château de Trévarez, au moment du vernissage de sa création, en avril 2014. (Photo : © Jean-Pierre Bénard)


« Le premier signifie nourriture et prospérité et le deuxième, l'eau. Elle est omniprésente à Trévarez : dès Kerjégu, au château, l'eau est courante et chauffée. Les irrigations, drainages souterrains, cascades et résurgences sont partout dans le parc », explique la plasticienne. « Pour l'exposition Regard d'artiste, j'ai conçu l'empreinte sur l'eau, une poche de 55 m3, l'équivalent de la consommation annuelle d'un Français, en eau domestique visible, enjambée par une passerelle. Chaque visiteur est invité à marcher dessus, afin de prendre conscience de sa consommation propre de la ressource naturelle », poursuit l'artiste. Le bassin de la chasse, lui, s'est verdi de fluorescéine, lors de l'inauguration, comme


d'un nuage de pollution. Shigeko Hirakawa, marquée par le drame de Fukushima, estime que cela peut illustrer les colossales réserves de liquides contaminés par l'atome, contenus près du Pacifique, dans plus d'un millier de réservoirs d'une contenance proche de celle de ce bassin.

Enfin, aux confins du parc, elle a découvert un réservoir de 1 786 m3 recueillant l'eau des sources des Montagnes Noires. « C'est formidable : 1 786 000 litres, c'est le volume d'eau invisible pour une personne et par an, pour produire le papier, les vêtements, l'électricité ou pour faire pousser le blé de son pain ».


Papier publié le 17 avril 2014, à l'occasion de l'inauguration de l'exposition Regard d'artistes, à Trévarez.