400 spectateurs pour la carte blanche de l’espace Glenmor

Les carnets de voyage de Soïg Sibéril


Dimanche, Soïg Sibéril a offert au public de l’espace Glenmor, un superbe voyage musical au cœur des musiques traditionnelles de Bretagne, des pays celtes et de la Méditerranée. Une carte blanche enlevée avec brio par des musiciens rompus aux musiques improvisées, à l’occasion du premier concert de cette création musicale.

Il s’installe en solitaire. Guitare en main, Soïg Sibéril ouvre son carnet de voyage et la musique file sur une réminiscence à la Bob Dylan. Les temps changent, et l’on est déjà loin, là où se danse L’andro des sables. «On va essayer d’oublier les bruits de bottes», lance le musicien en invitant Camel Zekri, le cousin du sud-sahara, guitariste lui aussi, à le rejoindre sur La route de Poul Fetan. Avec une tranquille sérénité, le duo de guitares s’étoffe sur fond de percussions feutrées, distillées par Pierre-Yves Prothais à la batterie. Les clartés boréales d’un thème suédois précèdent l’évocation du soleil de Vigo et de la Galice.

La salle est suspendue aux inflexions soutenues, tour à tour graves et aériennes du saxe soprano de Karl Gouriou. Maro eo ma mestrez, la mélodie poignante de cette gwerz autrefois magnifiée par Alan Stivell, quitte les chemins de terre pour emprunter les détours de sonorités marquées du sceau


Soïg Sibéril et ses musiciens ont donné une splendide carte blanche en forme de carnet de voyage, au cœur des musiques traditionnelles d’ici et d’ailleurs.


jazzy d’un Wayne Shorter et d’une rythmique tricotée serrée, à la mode africaine. «J’ai tout de suite perçu l’identité de pulsation entre musique saharienne et bretonne», confie Camel Zekri, musicien formé à l’école des «Diwan», ces assemblées traditionnelles sahariennes où l’on chante et danse à la manière des Gnawas de Marrakech. Ses doigts de guitariste africain délient des improvisations à la manière des maîtres musiciens syriens, tissant le fil commun entre musiques Méditerranéennes et musiques d’ici, bientôt reprises en duo avec le musicien breton.


Du côté de chez Soïg, la musique a la grâce. Elle sait lire les émotions cachées dans le cœur des hommes. On y respire l’air du grand large et l’odeur des vagues de sable, dans des paysages aux couleurs délica- tement nostalgiques.

Jean-Pierre Bénard

L’enregistrement du concert a été édité chez Coop-Breizh à l’automne 2003.