Le violon globe-trotteur de Simpson Pirie

Du nord-est de l’Ecosse où il est né, jusqu’en terre bretonne et ailleurs en Europe, Simpson Pirie a traîné son archet écossais un peu partout, avant de poser son étui de violon à Brest.


Bouffarde au coin des lèvres, Simpson Pirie vous accueille avec un grand sourire amical à peine masqué par une luxuriante barbe poivre et sel. Entre ses mains, il joue pizzicato d’un violon fétiche venu comme lui, des Highlands d’Ecosse jusqu’en Bretagne au début des années quatre-vingt-dix.

«Mon père était violoniste classique dans un orchestre à Huntly, près d’Aberdeen. Il a essayé de m'apprendre cet instrument vers l’âge de 10 ans. Il a surtout réussi à m’en donner le goût, et, finalement, j’ai continué d’apprendre le violon tout seul, en autodidacte», confie ce solide highlander sexagénaire aux allures de Falstaff Shakespearien.

Le Graal du violoneux

Dans un français parfait, enveloppé d’un soupçon d’accent du nord-est Écossais d’où il vient, il vous conte aussi les indispensables cours de violon classique pris plus tard. «Parce que Scott Skinner, le grand musicien écossais disparu en 1927, avait affirmé que pour bien jouer la musique de violon traditionnel d’écosse, il fallait absolument avoir fait des études de violon classique».

Une bonne façon d’acquérir la technique virtuose permettant d’interpréter au mieux le «strathspey», danse écossaise emblématique et d’atteindre le «feeling», ce Graal de tout bon violoneux qui se respecte. «J’ai abordé la musique traditionnelle en 1966. Mais je n’avais toujours pas ce feeling-là, avoue-t-il modestement. Je me suis mis à la musique tzigane en jouant aussi dans des Scottish dance band, pour gagner ma vie».


Simpson Pirie est un musicien Ecossais francophile, passionné de violon traditionnel et aujourd’hui installé en Bretagne.


Un parcours ascendant qui le conduit dans un studio d’enregistrement en 1975. «L’ingénieur du son a fait la balance et m’a montré comment lancer l’enregistrement. Ils m’ont laissé tout seul avec une caisse de bière. Je n’en ai bu que deux ou trois, mais j’ai enregistré d’une traite la totalité du disque entre 22 h et 3 h du matin».

Au final, il en reste un unique album de violon solo aujourd’hui introuvable, une perle rare presque entièrement consacrée à la musique brillante et expressive du répertoire de Scott Skinner.

Cap sur la Bretagne

Sa présence en Bretagne, Simpson Pirie la doit aux hasards conjugués d’une rupture et du désir de tourner une page. «Mes valises dans la voiture,


j’ai mis le cap sur la Bretagne où je savais pouvoir retrouver des amis musiciens. Je suis arrivé un samedi soir de 91 au Galway inn, un pub de Lorient où j’ai joué pendant cinq mois et, depuis, je suis toujours là !», s’exclame-t-il avec un grand rire. Prof de violon à l’école de musique traditionnelle de Carnoët, il devient également un des musiciens attitré du cercle celtique des Korollerien Laïta. «J’ai joué aussi un ou deux ans avec le groupe de fest-noz : Si près du sol. En Bretagne, les musiciens ont gardé le contact avec les racines. En Ecosse, ça c’est trop américanisé à mon goût, affirme-t-il. Ici, je sens que je suis toujours le bienvenu. Ce qui importe avant tout avec les bretons, c’est que la musique vienne du cœur».

Jean-Pierre Bénard

  • Portrait du violoniste Écossais Simpson Pirie, initialement publié en février 2003.