Slide, les Irlandais flamboyants du trad

Dimanche, les talentueux musiciens venus de Dublin ont partagé la scène de l’espace Glenmor avec les cordes brillantes du Roland Conq Quintet.


Ça commence à peine avec la chevauchée acoustique du Reel des Marais, que déjà, la machinerie fumeuse du Glenmor s’élance avec une mesure d’avance. La fumée s’épanche sur les paysages délicatement oniriques, dessinés par les cordes du Quintet de Roland Conq. En fond de scène, la contrebasse de Vincent Guérin strie l’atmosphère à grands coups d’archets redoublés. «Il y a des influences irlandaises dans notre musique», précise le guitariste du haut de son tabouret, avant de lancer Drôle de ridée.

Au violon, Ronan Pinc improvise de longues notes méditatives sur la trame rythmique à 6 temps, tricotée par les guitares et la contrebasse. Une livrée bleue électrique tombe des projecteurs sur la ritournelle sautillante du Pays Gallo. On s’immerge volontiers dans l’azur méditerranéen suggéré par la mandoline de Patrick Vaillant. «C’est une mélodie inspirée par la Crête et ça s’appelle Kriti», souffle Roland Conq. Arabesques langoureusement orientales de Fantasia for clarinette, et harmonies méphistophéliques d’une danse bretonne sonnée en doubles cordes sur la contrebasse, concluent le set. C’est tout à la fois brillant, intimiste et apaisant.

Harmonies pêchues

Un entracte plus tard et le cocktail survitaminé du violon de Daire Bracken, rehaussé d’une lampée de concertina servie par Aogán Lynch, a tôt fait de nous ramener sur les rivages de l’Irlande.


À cet emplacement figure une photo du flûtiste Eamonn de Barra et du violoniste Daire Bracken côte à côte sur scène.

Les 260 spectateurs du Glenmor ont adoré l’incroyable énergie des musiciens irlandais de Slide, en les retenant pendant un rappel de plus de 20 minutes.


Avec Slide, pas de place pour la sobriété musicale. Ils le confient eux-mêmes dans la langue de Shakespeare. «Influences ? Alcohol !» Familiers des cochons volants entr’aperçus au sortir des pubs de Temple Bar, les musiciens dublinois apprécient sans limites les nectars traditionnels. Et ils le font vite entendre aux oreilles ébahies des spectateurs du Glenmor. Mick Broderick n’est pas en reste, qui verse sans faillir de somptueuses pintes d’accords syncopés jaillies de son bouzouki. «On va vous jouer Tredudon, une suite plinn», enchaîne aussitôt le talentueux flûtiste Éamonn de Barra, avant d’interpréter un reel irlandais calqué sur la pulsation d’une gavotte des Montagnes bien de chez nous. La pause bienvenue s’installe avec la voix d’Andrew Murray, le chanteur folk natif d’Inishbofin, une île au large du comté de Galway.


Au bout des deux heures d’un concert ininterrompu, marqué par les harmonies pêchues héritées du mythique Bothy Band, on retiendra le style à la générosité flamboyante des musiciens de Slide. Et, surtout, l’archet monté sur piles électriques de Daire Bracken. Sans doute le plus rock’n roll des fiddlers de la verte Erin jamais entendu ici.

Jean-Pierre Bénard


À cet emplacement figure une photo de Roland Conq à la guitare et Ronan Pinc au violon.

Les 5 musiciens du Roland Conq Quintet jouent une musique acoustique brillante, inspirée par les mondes celtiques et méditerranéens.


Chronique du concert de Slide et du Roland Conq Quintet donné à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère), le dimanche 4 mars 2007.