A) Une diversité
de styles
Le croisement des cultures L'étude des cultures amérindiannes et Arawaks, puis Caraïbes
pour la Guadeloupe par l'intermédiaire de l'archéologie et
de l'anthropologie a pu mettre en valeur quelques éléments
des pratiques musicales des ces populations 1. Cependant des recherches
comparatives doivent être poursuivies pour comprendre leurs influences
sur les nouvelles populations d'origine africaines, européennes
ou asiatiques.
Avec une approche ethno-historique, l'étude des communautés
africaines et afro-américaines devrait permettre de mieux saisir
les musiques actuelles des guadeloupéens. Des travaux importants
ont, d'ores et déjà, été réalisés
dans des pays voisins de la Caraïbe ou des pays d'Amérique
Latine ou d'Amérique du Nord.
Le croisement des cultures a produit en Guadeloupe, une grande diversité
des styles apparentés aux musiques traditionnelles. Les frontières
stylistiques n'auraient pu être définies, sans l'action des
mouvements culturels qui ont influencé, à certains moments,
l'histoire du pays.
Aujourd'hui, le secteur des musiques traditionnelles admet qu'il existe
plusieurs courants musicaux :
1) Le Gwoka
Le Gwo-Ka, est une forme d'expression très complète qui
lie le chant, la danse et la musique traditionnelle. Elle tire son nom
du tambour Ka (mot créole provenant du quart de tonneau). Le Gro-Ka
est une forme musicale apparue à l'arrivée des esclaves.
Il se caractérise par la présence de l'improvisation des
chanteurs et des danseurs et par la forme responsoriale des chants. Il
est admis que le Gro-Ka comprend sept rythmes de base :
- Le Menndé ou Mindé
- Le Kaladjà ou Kaladgia
- Le Graj ou Grage
- Le Toumblak
- Le Woulé ou Roulé
- Le Kagenbel ou Pagenbel ou Grandjanbel
- Le Lewoz
La base instrumentale du Gwo-ka reste le tambour. Dans une formation
traditionnelle de Gwo-Ka, les musiciens actuels admettent de 2 à
3 tambours "Ka" sur lesquels le percussionniste joue à califourchon,
1 tambour (type djembé) joué droit, qui a un rôle soliste
et improvisateur, des idiophones divers comme les hochets en calebasse
dont l'usage serait rattaché à un apport amérindien.
Au plan mélodique, une grosse partie du répertoire s'appuie
sur des échelles pentatoniques.
Ti-Papa, joueur de tambour. Pointe à Pitre (1880)
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A l'origine la musique Gwo-Ka s'est intégrée à
la vie des populations rurales de la Guadeloupe. Elle reprend différents
types de chants adaptés à la vie quotidienne :
- chants de travail
- chants et danses du dimanche
- chants de veillée
- lewoz (rassemblements en soirée organisés, à
l'origine, dans les milieux ruraux).
C'est avec l'avènement du mouvement culturel guadeloupéen
des années 1970 que la musique Gwo-Ka a dépassé le
cadre d'une pratique limitée a certaines communes rurales. La musique
elle-même, ses instruments, ses chants en créole, le type
de soirée où elle était produite (Lewoz), et les musiciens
traditionnels ont été valorisés par le mouvement culturel
lié aux indépendantistes.
Le cadre de la pratique du Gwo-Ka s'est fortement élargi. Des
jeunes gens originaires des villes se sont appropriés cette musique.
Des joueurs de tradition ont été mis au devant de la scène.
Aujourd'hui, ils servent encore unanimement de référence,
tels Marcel Lollia, dit "Vélo" 1931-1984 ou Robert Loyson 1928-1989.
De nos jours, le Gwo-Ka est devenu un support de l'identité guadeloupéenne.
De nombreux groupes le pratiquent. A partir du Gwo-Ka traditionnel (tambours, voix et danse),
avec la confrontation aux musiques caribéennes, de nouvelles associations
instrumentales (flûtes, saxophones, cuivres, claviers) ont vu le
jour, entraînant des recherches harmoniques. Gérard Lockel
est reconnu comme le fondateur du "Gwo-ka Moden". Revenu en Guadeloupe
en 1969, après de longues années passées en France
à pratiquer la guitare jazz, il théorise sa recherche musicale
en la fondant sur une "vision nationaliste de la musique guadeloupéenne".
Il est l'auteur d'un traité de Gwo-ka Moden qui comprend une analyse
des rythmes, des échelles et des propositions de conduite harmonique
sous forme de grilles.
A présent, des groupes à l'esprit traditionnel tel Kaninda
(groupe fortement enraciné dans son terroir de Grands Fonds), côtoient
des groupes de Gwo-ka en recherche. Le festival Gwo-ka de Ste Anne (Sentann)
organisé par le Comité d'Animation Sportive et Culturelle,
animé par Félix COTELON, présente depuis neuf ans
une palette très diversifiée de groupes actuels.
La dynamique de cette musique a permis l'éclosion de plusieurs
écoles à l'intérieur desquelles on peut rencontrer
des expériences pédagogiques multiples.
2) Musiques de Carnaval
Le carnaval est fortement ancré dans la culture populaire guadeloupéenne.
Les musiques traditionnelles ont pris une place importante dans ce type
de manifestations, grâce à l'action de certains groupes implantés
en milieu urbain. En se réappropriant les chants créoles et les musiques
de tambours Gwo-Ka, à partir des années 1970, certains jeunes
musiciens ont réintroduit les musiques de tambours dans le carnaval.
Ces musiques, dites musiques des masques, étaient tombées
en désuétude dans les années 60.
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Le groupe AKIYO, établi dans l'agglomération de Pointe-à-Pitre, servira d'exemple à la création de nombreux groupes de carnaval dans toute la Guadeloupe. Ces ensembles sont constitués en association et se définissent comme des mouvements culturels (par ex: Mouvman Kitirel Akio). Leurs activités dépassent le domaine musical.
Ils travaillent sur plusieurs aspects de la culture guadeloupéenne
(langue créole, théâtre, gastronomie, costumes...). Ce type de groupe, dont les plus connus sont AKIYO pour la région de Pointe-à-Pitre et VOUKOUM pour la région de Basse-Terre, ont un gros impact, grâce à leur travail de forte implantation locale. Leur reconnaissance est facilitée par le rôle majeur qu'ils jouent dans le carnaval en raison de leur esprit créatif (création musicale et théâtrale). La plupart des enfants des villes connaissent les chansons de ces groupes, une connaissance facilitée par la parution de disques.
3) Le Boulagué
Cette tradition musicale existe dans la région de Grands fonds,
où elle est mise en valeur par le groupe KANINDA, et dans le nord
de Grande Terre (Anse-Bertrand, Port Louis et Petit-Cancel) où Raymond
Gama se considère comme l'héritier privilégié
de Gaston Germain CALIXTE, dit "CHABIN", reconnu dans cette région
comme le chanteur traditionnel le plus important.
Cette musique vocale est basée sur un accompagnement rythmique
à l'aide d'onomatopées. Elle possède les mêmes
formes que la musique Gwo-Ka. Le Ka (tambour) n'existait pas traditionnellement
dans le Nord, les rites mortuaires étaient accompagnés uniquement
vocalement sur le rythme Toumblak. Le chanteur soliste était soutenu
par cet accompagnement vocal d'onomatopées dénommé
"Boulagyel". La région de Grands Fonds connait à la fois
le tambour et le Boulagué. Certains groupes revivalistes de Gwo-Ka
ont emprunté ce style vocal à la tradition.
4) Les Mayoleurs
C'est la tradition musicale la plus méconnue. Elle accompagne
une danse des bâtons avec deux mayoleurs. Ce type de danse est très
répandu dans toute la Caraïbe. En Guadeloupe, cette tradition
a perduré dans la région centrale de grande Terre. Tous les
acteurs des musiques traditionnelles reconnaissent que ce rituel est en
voie de disparition. L'âge des mayoleurs est souvent avancé.
L'accompagnement musical est proche du Gwo-Ka avec deux tambours Ka
(tambouyé), d'un chanteur (comandé), de choristes (répondé)
et d'un tambour soliste (maké).Une étude de sauvegarde reste
à faire pour ce style musical.
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