La musique de l’Inde du sud devant 420 spectateurs à l'espace Glenmor

Le violon libérateur de L. Subramaniam


Dimanche, L. Subrama- niam, maître incontesté de la musique de l’Inde du Sud, a donné un concert de compositions personnelles et d’œuvres puisées aux sour- ces d’une musique indienne ancienne, à l’histoire plu- sieurs fois millénaire.

«Good evening France.» D’une voix presque inaudible, L. Subramaniam, le maître violoniste de la musique ancienne de l’Inde du Sud, salue le public et accorde le tambura. Kavita Krishnamurti Subrama- niam, sa femme, égrène les premières notes de la soirée sur l’instrument pourvu de cordes métalliques. «Je com- mencerai par une impro- visation, suivie du raga Hamsadwani de ma compo- sition, et nous terminerons la 1ère partie avec Tala Adi», annonce-t-il, en déclinant, du plat de la main, la mesure à 8 temps de cette dernière mélodie. De part et d’autre de l’artiste, les percussionnistes K. Sekar et K. Gopinath saluent à leur tour, les mains jointes. Tavil et mridangam, deux instruments de percussion cylindriques tendus de peaux graves et aiguës, s’échauffent sous leurs mains agiles avec quelques notes d’accord.

La volute de son violon électrique posée sur le genou gauche, L. Subramaniam lance de longs glissandos méditatifs sur un fond de tambura obstiné, cascade de notes bourdonnantes marquant un écoulement cycli- que et serein du temps. De brèves harmoniques et des pizzicatis sonores de la main gauche du violoniste, enrichis- sent la danse staccato de l’archet


L. Subramaniam, violoniste virtuose de la musique de l’Inde du Sud, a donné un superbe concert devant un public nombreux et comblé, venu l’applaudir dimanche, à l’espace Glenmor.


sur les cordes et le thème du raga joué crescendo avec les percussionnistes. Moment de fusion extatique qui emporte les applaudissements du public, ébloui par une succession de ruptures musicales millimétrées et une belle envolée de percussions incandescentes.

Une quête spirituelle

Avec «Raga Kapi» et «Eka Tala», autres compositions du musicien indien sur des mesures à 4 temps, les percussionnistes s’abandonnent à nouveau à un dialogue élégant et volubile, arbitré et soutenu de la main par L. Subramaniam.

Une dernière suite d’ornementations ciselées par le doigté fluide et subtil du violo- niste sur le «Raga Malika», précède l’ultime point d’orgue.


Figures rythmiques bondis- santes des accompagnateurs et gammes échevelées de l’archet du maître se rejoignent alors dans une osmose sublime et parfaite, saluée par une ovation debout des 420 spectateurs. Inspirée et passionnée, chantant tour à tour l’amour, la mélan- colie ou peignant des fresques héroïques, la musique de L.Subramaniam est une invita- tion à une quête spirituelle, à une suspension du temps libératrice à laquelle l’auditeur n’a plus qu’à s’abandonner avec délices.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert donné le 19 octobre 2003 à l'Espace Glenmor de Carhaix.