Susana, l’immigrée argentine se souvient

L’écrivain invité de la 2e Nuit des auteurs de théâtre a réuni 30 personnes au Cinédix.


Elle est née argentine à Buenos-Aires, avant de remporter un prix de poésie en 1969 et de débarquer en Europe en 1973. «Je suis en France depuis une trentaine d’années. Mais, c’est bizarre, ce pays est devenu l’envers de ce que j’ai connu», confie, Susana Lastreto Prieto, l’auteure dramatique invitée par Pierre-Marie Quesseveur à l’occasion de la 2e Nuit des auteurs de théâtre.

Allusive quant à son passé d’immigrée fuyant les dictatures Sud-américaines, Susana Lastreto Prieto se prête volontiers au jeu des questions sur son parcours d’auteure. «Je suis professeure à l’école Jacques Le Coq où j’enseigne le jeu de l’acteur. Ce soir, j’ai carte blanche pour parler de mon œuvre et lire des extraits de plusieurs de mes pièces.»

Contact avec les comédiens

S’exprimant d’emblée sur le métier d’écrivain de théâtre, Susana dit vouloir se garder de la tentation de la tour d’ivoire, «pour ne pas mourir frustrée avec mes pièces jamais jouées dans des tiroirs». Aux spectateurs du Cinédix, elle lance sa profession de foi d’auteure désormais reconnue. «Je suis un écrivain de plateau et j’aime le contact avec les comédiens. Le théâtre doit user de la fable, aimer la réflexion politique et parler de


Susana Lastreto Prieto était l’invitée de la 2e Nuit des auteurs de théâtre organisée au Cinédix. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


l’amour à la manière de Shakespeare.» Elle le lit, tout de go, avec un premier extrait d’une Nuit d’été loin des Andes. «Nous avons traversé l’océan avec l’espoir de voter un jour», raconte, son personnage féminin allongé sur le fauteuil du dentiste. «Nous nous vîmes, nous nous regardâmes, et nous nous aimâmes», conjugue la patiente, à propos de sa première rencontre avec un amoureux français. «Le passé simple, la voie royale d’accès à la culture française», énonce aussi son personnage, avec un sourire, avant de poursuivre iro-


niquement. «Et nous nous quittâmes pour un problème de concordance des temps.» Susana Lastreto Prieto, écrivain de théâtre, joue des latinités franco-espagnoles et se souvient d’où elle vient sans jamais cesser de se demander, «qu’est-ce que vivre et aimer dans une langue qui n’est pas la sienne ?».

Jean-Pierre Bénard

  • Chronique de la 2e Nuit des écrivains de théâtre, organisée à Carhaix (Finistère), le samedi 25 mars 2006.