L’espace Glenmor lève l’ancre avec 300 spectateurs

L’Arche aux rêves de J-L Le Vallégant


Lundi, le vaisseau imagi- naire de Jean-Louis Le Vallé- gant et sa cohorte de duos bohémiens rêveurs a embar- qué le public du Glenmor pour une longue croisière aux muses métissées. Cinq heures de spectacle transfrontières mené allégrement entre gavottes des Carpates, mélopées malgaches, ridées électroniques, danse contem- poraine et salsa cubaine, à l’occasion de la sortie de l’album Swing Noz.

Un Monsieur Loyal varappeur descend du haut des cintres dans le hall bondé de l’espace Glenmor. Philippe Le Strat, comédien du Théâtre Bleu, flanqué d’un Pascal Cariou en improbable écossais kilté, donne de la voix dans son micro HF. «Dieu descendit du ciel, et il vit que c’était beau», lance-t-il aux spectateurs médusés. Au bout d’un escalier, un sonneur de veuze estomaqué a le souffle coupé par une danseuse chapardeuse. «En route pour le mariage de l’eau et du feu... Musique maestros», annonce le duo de comédiens chefs d’orchestre, aux spectateurs invités à se regrouper sans tarder autour des couleurs rouges, bleues ou jaunes de leurs guides d’un soir.

Dans la grande salle du Glenmor vidée de ses gradins, Yann Le Corre à la clarinette et Fred Miossec à l’accordéon chromatique, déroulent dans la pénombre des suites de gavottes mâtinées de swing est européen. Le duo de jeunes pousses savoure la liberté et la souplesse donnée par le jeu Daou ha daou. «C’est une idée sensass »,


La chanteuse Marthe Vassallo a surpris son monde en interprétant des airs de Rossini, accompagnée au piano par Frédérique Lory.


confie le jeune clarinettiste de 28 ans, en avouant sa passion pour le jazz et la musique roumaine. Les projecteurs s’effacent doucement. Les regards se tournent vers l’ailleurs d’une autre scène. Jacky Molard et Janic Martin entament à leur tour un duo métissé de violon virtuose et de jeu croisé au diatonique sur fond de brillantes réminiscences musicales empruntées à Gwerz.

Bruissement de paupière

On grimpe à l’étage. Des visages chaînés aux lèvres écarlates peints par Sylvie Bozoc, accompagnent la perfor- mance picturale en direct de l’artiste plasticienne. Entre chant, contrebasse et piano à bretelles, elle appelle avec son compère Patrice Langlois, à «un infime bruissement de paupière»,


pour ouvrir les yeux sur la mort annoncée des artistes. En bas, dans la grande salle de spectacle, Isabella, la belle Italienne à Alger de Rossini entre sous les feux de la rampe. Avec Frédérique Lory au piano, Marthe Vassallo s’offre au public en inattendue cantatrice prête à tout pour sauver un amant benêt des griffes du grand Turc. Une ridée de Saint-Vincent plus tard, sur fond de mugissement électronique et de chanteur gallo porté aux nues par un chariot élévateur, on se retrouve aux pieds nus d’Anamana Fernandez et aux basques de Michel Aumont pour un duo improvisé époustouflant d’émotion pri- male.

Ces deux-là se parlent dans une érotique du geste et du son qui laisse pantois, puisant dans l’énergie vitale de la musique des corps une chorégraphique inventive et sauvage à «la recherche du point de dialogue entre les arts ».

Le duo improvisé entre clarinette basse et danse contemporaine de Michel Aumont et Anamana Fernandez, a été un des grands moments d'émotion de cette soirée Swing noz.

Swing Noz. La nuit swin- guante de J-L Le Vallégant a touché les coeurs des passagers de l’Arche des duos d’un soir, vaisseau imaginaire et fiesta concoctée par trente deux artistes épris d’une fraternelle émulation. Avant de saluer une dernière fois et de toucher terre avec le public, artistes et spectateurs mêlés dans une ultime gavotte festive aux accents de taraf roumain.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Swing Noz donné le lundi 10 novembre 2003 à l'Espace Glenmor de Carhaix (Finistère).