Titi Robin : « J'aime la Bretagne pour son identité forte »

Le guitariste Titi Robin était en concert le dimanche 14 avril au Glenmor avec Les Rives. Un carnet de voyages aux couleurs de l'Inde, du Maroc et de la Turquie. Entretien avec un artiste sans frontières, adepte du partage.

Vous êtes nés du côté d'Angers, dans un milieu modeste. Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser aux différentes traditions musicales méditerranéennes et orientales ?

Je pense que les chemins de la création artistique n'obéissent à aucune logique apparente. Regardez Van Gogh par exemple. Installé en Arles, dans le sud, il était en fait originaire de régions très grises du nord de l'Europe. La peinture japonaise et la lumière du sud de la France qui l'inspiraient, ça correspondait à quelque chose qu'il recherchait. Pour autant, on ne dira pas que c'est un peintre provençal ni qu'il s'est mis à faire de la peinture japonaise.

De mon côté, j'ai recherché un vocabulaire esthétique inspiré par des musiques qui viennent de l'Orient et de la Méditerranée. En fait, ces cultures-là me proposent quelque chose qui me correspond.

Vous êtes autodidacte ?

Oui. J'ai entrepris cette démarche à l'instinct. Il n'y a pas de maître qui m'ait dit : vas dans cette direction. Après une trentaine d'années de parcours, je me rends compte que je vais toujours dans le même sens. Pourtant, en s'arrêtant sur mon travail on se dit : quelle cohérence ? Pourquoi l'Inde, la Turquie ou le Maroc ?

En fait, ces pays ont beaucoup de racines communes. La culture méditerranéenne a d'ailleurs été longtemps influencée par l'Inde au travers des voies de communication de l'Asie centrale. En poésie, en philosophie, en mathématiques : il y a toujours eu beaucoup d'échanges. Toutes ces confluences correspondent vraiment à ce que je recherche et, avec tout ça, j'essaie de peindre mon tableau de manière très personnelle.

Votre dernier album, Les Rives, paru en décembre 2011, a été salué par la critique. Cependant votre musique n'a pas toujours été reconnue. Le chemin a été long pour vous ?

Oui c'est vrai. Il faut dire aussi que je n'ai pas vraiment simplifié les choses. Ni pour le public. Ni pour les critiques ! Ce que je faisais dans les années 70 et 80 ne correspondait pas aux genres musicaux de l'époque. Et les éditeurs de disques ou organisateurs de spectacles ne comprenaient pas ma démarche.


Titi Robin, ici entouré des musiciens de son triple album Les Rives, Ze Luis Nascimento (percussions), Mourad Ali Khan (sarangi), El Mehdi Nassouli (guembri marocain), Sinan Celik (flûte populaire turque) et Francis Varis (accordéon). Photo : Camille Verrier.


Aujourd'hui, on admet qu'il puisse y avoir des croisements, des rencontres. Dans les années 90 ça été beaucoup plus facile pour moi et le disque Gitans, sorti en janvier 1993, y a énormément contribué.

La notion de « musiques du monde » vous hérisse ?

On mêle des choses qui n'ont rien à voir entre elles. C'est comme si on faisait un concours gastronomique dans lequel on mélangerait steak, saint-honoré et bouteille de bordeaux. Ça n'est vraiment pas la même chose !

Dans cette catégorie des Victoires de la musique (l'album de Titi Robin, Les Rives, a été nommé en 2012 en catégorie musiques du monde. NDLR), il y avait toutes sortes de choses : variété, musique classique, musique religieuse etc. et on vous demandait de dire quelle est la meilleure, quel est le plus fort ? Ça n'a pas de sens. Il est déjà délicat de mettre une hiérarchie dans des créations qui appartiennent à un même style et c'est ce que je trouve un peu ridicule dans l'histoire.

Dimanche prochain, au Glenmor, vous serez sur scène avec plusieurs musiciens issus de vos rencontres musicales ?

Dimanche, avec Mourad Ali Khan au sarangi, Sinan Celik, joueur de flûte populaire turque, El Mehdi Nassouli au guembri marocain, et Ze Luis Nascimento aux percussions et Francis Varis à l'accordéon -- mes deux fidèles compagnons de route depuis longtemps -- on ne jouera pas des musiques marocaines, turques ou indien-


nes, mais seulement celles de mes compositions issues du triple album Les Rives.

Avec ces musiciens, au-delà de mes espérances, il y a eu un véritable mariage musical entre nos différentes sensibilités autour de cette même famille culturelle méditerranéenne. Et cette rencontre donne toute sa cohérence à mon projet musical.

Ce n'est pas la première fois que vous jouez à l'espace Glenmor. On vous a vu aussi aux Vieilles Charrues...

Oui. Ce sont des concerts dont j'ai un très bon souvenir. Nous avions présenté au Glenmor, à guichets fermés et avec un public extraordinaire, un spectacle avec Gulabi Sapera, une danseuse gitane du Rajasthan. Le deuxième concert était un spectacle plus familial. En tout cas, chaque fois, ça avait été magnifique.

La Bretagne est une région que j'aime beaucoup. C'est Erik Marchand qui m'a amené à mieux connaître cette région et sa très forte culture, très ancrée. Et moi, j'apprécie beaucoup les lieux qui ont une identité forte et une fierté. C'est très important et j'ai toujours aimé cette région à cause de ça.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard



Entretien avec le guitariste Titi Robin avant son concert du dimanche 14 avril 2013 au Glenmor, à Carhaix (Finistère) et publié le 10 avril 2013.