Toumast, le blues du peuple du désert

Coup de coeur des Vieilles Charrues et de Peter Gabriel, le groupe de Moussa Ag Keyna a joué le dimanche 22 juillet 2007 sur la scène Glenmor.


Il est né quelque part dans un campement du désert, entre Niger et Mali. «Pour moi, l’Europe est une autre planète. Une autre vie», confie Moussa Ag Keyna, musicien Touareg arrivé en France en 1994, avec la délégation de son peuple venue négocier les accords de paix. Ses classes de guitariste, Moussa les a faites dans un campement militaire libyen. «J’ai commencé à chanter les chants de résistance et de nostalgie à cette époque-là», explique le musicien, alors enrôlé aux côtés de Tinariwen, une autre étoile musicale touarègue née des chambardements de la guerre et du blues de ce peuple du désert.

«Chez les Touaregs, la musique tient une grande place. On chante quand on se déplace avec nos chameaux ou pendant la traite des chamelles. Moi, je chante depuis toujours», poursuit le fondateur de Toumast (1). Gravement blessé à la guerre et exilé en France, ses amis français lui offrent un CD de blues et un autre de Jimi Hendrix. «Je me suis qu’ils faisaient la même musique que nous !» Une rencontre avec des musiciens de l’Orchestre National de Barbès donne ensuite le coup de pouce du destin avec le soutien du producteur Dan Lévy. «J’ai participé à Digital Bled, un premier album enregistré avec quelques-uns de ces musiciens et à une soirée touarègue en 1996.»

Douleur de l’exil

Depuis Toumast et Moussa Ag Keyna ont enregistré Ishumar (altération du mot chômeur en tamacheq, la langue touarègue). «Sur scène, je joue de la guitare en compagnie d’Aminitou Goumar, ma cousine, et de trois autres mu-


Les artistes Touaregs, Aminitou Goumar et Moussa Ag Keyna (ici photographiés par Liza Rose), se sont produits sur la scène Glenmor des Vieilles Charrues avec leur groupe Toumast.


siciens à la basse, aux percussions et à la batterie.» Au final un époustouflant groove ethnique inspiré des mélopées traditionnelles, avec chœurs lancinants de femmes touarègues, youyous énergisants et rythmes syncopés accroche l'oreille. «Mes chansons parlent de la nostalgie de la vie nomade saharienne, de la douleur de l’exil ou de l’amour et sont un mélange de poésies anciennes avec des paroles évoquant la situation actuelle des Touaregs.»

Peter Gabriel a aimé. «Il a décidé de distribuer Ishumar sous son label, pour une sortie mondiale prévue le 23 juillet prochain.»

Séduite, l’étoile de la pop anglo-saxonne a signé le groupe Toumast pour 2 autres albums. Une belle opportunité qui n’entame pas pour autant la modestie naturelle de Moussa et


son souci de rester proche de son peuple. «Avec toutes ces rencontres, j’ai ouvert mon cœur et ma musique s’est enrichie. Mais je serai toujours attentif à ce qu’elle garde son âme.»

(1) Toumast : peuple ou identité en langue touarègue.

Jean-Pierre Bénard

Chronique d'annonce du concert de Toumast, donné le 22 juillet 2007 au festival des Vieilles Charrues de Carhaix (Finistère).


Toumast, le groove nomade au goût de sable

Ils débarquent sur la scène Glenmor dans leurs amples tenues d'hommes du désert. «On va vous chanter la joie d'être un homme libre et aussi la peine de ne plus l'être», lance en français, Moussa Ag Keyna, chanteur et guitariste venu des confins subsahariens. A ses côtés, Aminitou Goumar, sa cousine, ponctue de youyous survoltés, les riffs tourbillonnants de leurs deux guitares électriques, mêlés de percussions hypnotiques et d'une batterie brûlante.

«J'aime bien l'esprit no future et nomade de leur musique. Un truc qui se perd, hélas», confie, sac au dos, un festivalier venu de Brest. Une puissante pulsation rythmique au goût de nonchalance caravanière balaie maintenant la plaine de Kerampuilh. Quelques spectateurs esquissent un pas de transe sur une terre assouplie par les ondées.

«Chez nous les femmes dansent dans un premier cercle et les hommes dans un deuxième. Le troisième est pour les chameaux», s'exclame le musicien Touareg.


Toumast, un des moments exceptionnels du festival, dimanche après-midi, sur la scène Glenmor des Vieilles Charrues (Photo Liza Rose).


Réceptif, le public des Charrues s'offre des clameurs de plaisir sous la caresse des mélopées touarègues. «Si j'étais un faucon, je pourrais m'envoler pour passer mes journées dans le désert», chante aussi Moussa dans sa langue tamacheq


évoquant la nostalgie des campements perdus dans le désert. «La vie est incroyable et je suis perdu dans son tourbillon», lance enfin l'homme du désert, sauvé du blues par la belle force vitale de la musique de Toumast.