Au Glenmor, la gavotte étonnante de Treuzell

500 spectateurs ont salué les audaces chorégraphiques d’une centaine de danseurs bretons, réunis à l’initiative de la fédération Kendalc’h, le samedi 26 novembre 2011 à Carhaix.

Le rideau se lève sur un couple de sonneurs biniou-bombarde et les danseurs du cercle Brug-ar-Menez s’avancent sur l’appel sonore à la danse des deux musiciens. On est en pays Dardoup (Châteauneuf-du-Faou), et l’heure est à la restitution de la danse traditionnelle, brute de décoffrage. Exclamations vives, sourires et ivresse du mouvement, fusent de la file des jeunes exécutants spézetois.

« Alors, c’est comme ça que ça se passait ? », s’interroge au micro le professeur Cochevelu, alias Yann-Vari Le Doussal. Le temps de Treuzell (passerelles, en breton) -- un spectacle de danse ininterrompue, en trois heures, neufs tableaux et 100 danseurs -- Cochevelu et son compère le professeur Koroll, vont enchaîner questions et démonstrations chorégraphiques : « Une création artistique inspirée de la danse bretonne est-elle possible aujourd’hui ? ».

Transe en sabots de bois

Tour-à-tour, les cercles de Pluneret, Ar Famiji, Revival et Eostiged ar Stangala, ont avancé samedi, leurs propositions et recherches esthétiques. Devant un public de 500 spectateurs, parfois médusé par tant d’audaces gestuelles, les


Mickaël Phelippeau et Yves Calvez ont médusé samedi les 500 spectateurs du Glenmor avec une danse bretonne minimaliste au corps à corps, ponctuée du claquement de leurs sabots de bois pour tout accompagnement rythmique (photo : J.-P. Bénard).


danseurs et chorégraphes Josias Torres-Galindo (l’homme qui danse avec un banc), ou Mickaël Phelippeau et Yves Calvez (la transe en sabots de bois), n’ont pas hésité de leur côté à défaire les danses du terroir de leurs habits patrimoniaux. Les Bretons du XXIe siècle ne bougent plus comme leurs ancêtres d’il y a près de 200 ans. Les jeunes danseurs finistériens -- qui ont déroulé samedi une gavotte expérimentale émancipée de cinq siècles d’histoire bretonne -- l’ont bien compris.


Pour survivre à l’usure des temps, la danse bretonne doit s’extraire des ornières folkloriques et d’un effet de miroir sans cesse ressassé. Et prendre le risque de l’ouverture à la poétique contemporaine. Pari réussi avec Treuzell.

Jean-Pierre Bénard

Chronique de Treuzell, spectacle de danse bretonne présenté par la fédération Kendalc'h au Glenmor, à Carhaix, et publié le 29 novembre 2011.