À Trévarez, les sphères surréalistes de Bob Verschueren

En mars 2013, le domaine de Trévarez a accueilli l’artiste belge Bob Verschueren. Sculpture monumentale sous la verrière des grandes écuries et Murmures d’arbres ont créer la surprise des visiteurs.

L’œil est pétillant sous la casquette. Bob Verschueren vient de Wallonie où, après des débuts d’artiste peintre autodidacte, l’homme s’est tourné vers le Wind painting en 1978. « Le Wind painting m’a donné le sentiment d’entrer dans l’art, plutôt que de le faire », explique-t-il à l’appui de quelques photos retraçant ses gestes de « semeur de couleurs » : oxydes de fer, charbon de bois pilé ou terre rouge ou verte, répandus dans le paysage au gré des vents.

Aux grandes écuries de Trévarez, le projet de Bob Verschueren sera également marqué par la nature. Un imposant cheval de bois trouvé là, et des monceaux de branches de rhododendrons, en seront les éléments. « Il se trouve qu’on m’a montré ce cheval qui était là, remisé dans un coin. Un peu oublié presque. Alors, explique l’artiste, je me suis dit que c’était pas mal de faire quelque chose sur le débardage. Et le lien entre les écuries et le jardin s’est fait tout naturellement, avec l’utilisation des rhododen- drons. »

Un cheval et quatre sphères géantes

Toutefois, le geste artistique du plasticien Bob Verschueren ira bien au-delà de l’anecdote. « Je n’avais pas envie de faire quelque chose de strictement littéral par rapport à l’idée du débardage. Je ne voulais pas être dans l’exactitude ethnographique, mais plutôt dans l’allusion. »

D’où cette idée pour le plasticien belge, de sculpter quatre sphères géantes de deux mètres de diamètre sous la verrière des grandes écuries.


Bob Verschueren a créé quatre sphères géantes sous la verrière des grandes écuries, réalisées avec le concours de bénévoles et de personnels du domaine, à Trévarez, en mars 2013. (Photo : © Jean-Pierre Bénard)


« Avec ça, sourit-il à propos de ces sculptures réalisées en branches de rhododendrons, on est peut-être dans quelque chose qui se rapproche du surréalisme à la belge. Avec ce cheval qui tire quatre sphères qui ont l’air de rouler sur elles-mêmes, on s’interroge. J’aime assez donner à penser que tout ça est plausible. Alors que, bien évidemment, poursuit-il en souriant, si on tente de faire rouler ces sphères sur 10 cm, tout va s’écrouler. »

Un catalogue de plantes

Le cheminement de l’artiste belge passe aussi, depuis plusieurs années, par un important travail de catalogage des sons produits par les végétaux. « Dans le parc, explique Bob Verschueren, il y aura six arbres qui seront sonorisés. Et dans chacun de ces arbres un pot de fleurs sera suspendu, couplé avec des haut-parleurs qui serviront à diffuser des textes ainsi que des sons.


Depuis 1995, poursuit l’artiste, je travaille sur ce que j’appelle un Catalogue de plantes. Je pars de l’idée que chaque plante à son univers sonore. Des sons que j’essaye de produire et d’inventorier, en ne considérant pas la plante pour autre chose que ce qu’elle est. »

Au sortir de ces installations végétales et éphémères par nature, mais non dénuées d’humour semble-t-il, pas de message. « Juste une question sur les rapports entre la vie et la mort et la place de l’homme dans la nature », sourit l’artiste porté par un grand respect pour cette nature dans laquelle il puise son inspiration. « Avec aussi du respect pour les autres : chaque personne n’est jamais qu’un morceau de la nature. »

Jean-Pierre Bénard


Papier publié à l'occasion de l'exposition Lignées botaniques de Bob Verschueren, à Trévarez, en mars 2013.