Les théâtreux lycéens mettent Jarry en pièce

Les élèves de l’option théâtre de Corinne Stéphan ont présenté une remarquable adaptation d’œuvres d’Alfred Jarry et de Christian Prigent à l’espace Glenmor.

Elles sont vêtues de noir et endossent tour à tour la silhouette carnavalesque du Père Ubu voulue par Alfred Jarry. «Je ne comprends rien à ce que tu dis, Mère Ubu !», lance l’une des jeunes comédiennes en herbe, en tapotant sa panse ventrue de despote satirique. «Mère Ubu, tu me fais injure et tu passeras tout à l’heure à la casserole !», gronde à nouveau le personnage, fâché de voir sa moitié se rêver en reine de Pologne.

Éructante, ronflante et jurant, la jeune troupe se retrouve bientôt au milieu de la scène du Glenmor d’où jaillissent des «Merdre !» retentissants. «Avec les lycéens, nous avons voulu faire un travail de réécriture de petites scènes mises bout à bout à la manière d’Alfred Jarry», explique Alain Meneust, le comédien de Folle Pensée, la troupe briochine ayant prêté une main théâtrale aux jeunes comédiens carhaisiens, dans leur mise en pièce de Jarry.

Magistrats à la trappe

Sur le plateau, un Père Ubu toujours plus affamé de pouvoir envoie nobles et magistrats à la trappe. «Mais que fais-tu, Père Ubu ? Tu massacres tout le monde !», conclut enfin une Mère Ubu affolée en contemplant le désastre. «Ting ! Ha !», reprend à son tour, le jeune Grégoire Lihoreaud, en passant la tête dans un rond de lumière, adossé au rideau d’avant-scène.

«Comme ça file la vie ! Ne fuis pas. Ralentis !», lancent les jeunes acteurs en s’égaillant sur le plateau comme volée de moineau, tout en caquetant des mots sans queue ni tête tirés de «Grand-mère Quéquette», un roman de Christian Prigent.


Les jeunes comédiens élèves de l’option théâtre du lycée Paul-Sérusier ont brûlé les planches mardi soir, à l’espace Glenmor, en revisitant Alfred Jarry et Christian Prigent. (Photo : droits réservés).


«C’est un travail beaucoup plus costaud», concède le comédien de Folle Pensée, à propos du remarquable travail de diction et de mise en espace réalisé par les lycéens de Paul-Sérusier. Un texte brut de décoffrage auquel ils ont imprimé la fougue, la créativité et l’espièglerie de leur adolescence, mardi dernier sur la


scène du Glenmor, devant une salle de 400 spectateurs partagés entre surprise et ravissement.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du spectacle des lycéens de Paul-Sérusier donné le mardi 6 juin 2006 à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère).