Les musiciens se produiront aux Vieilles charrues les 23 et 24 juillet

Le Vallégant noz unit s’échappe du peloton


Jeudi, les musiciens du Vallégant noz unit ont présenté, en avant-première au public de l’espace Glenmor, «Les pardons de Bannalec», la dernière création de Jean-Louis Le Vallégant, coproduite par les Tombées de la nuit et le festival des Vieilles charrues. Une plongée intime, en musique et en images, dans les souvenirs d’un musicien ordinaire, avant son échappée belle sur les chemins de l’émancipation musicale.

Le saxo baladeur de Jean-Louis Le Vallégant entonne, du fond de la salle, ses premières notes en solitaire. De la sono susurrent des réminiscences de voix processionnaires, sur une ligne de basse profonde préparée par le piano de Patrice Langlois. «Pourquoi les pardons de Bannalec ? Parce que je viens de là, même si j’ai fini par m’en échapper», lance Jean-Louis Le Vallégant, au public de l’espace Glenmor.

L’accordéon chromatique de Yann Le Corre enchaîne sur une gavotte, vite hachée menue sous la volubilité des tablas de Jérôme Kerihuel. «La belle, combien de fois j’ai frappé à ta porte ?», énonce, à son tour, la jeune chanteuse Charlotte Le Vallégant, en fondant sa voix sur les inflexions électro jazzy de la trompette de Youenn Le Cam. Sur l’écran de fond de scène, des images fugitives de fête foraine, de musiciens et de danseurs de bal populaire tournent en boucle, entre deux instantanés noir et blanc, échappés d’un album photo familial des années cinquante. «Bienvenue au pardon de Bannalec, pile poil entre Quimper et Lorient»,


Jeudi, à l’espace Glenmor, les musiciens du «Vallégant noz unit» ont présenté «Les pardons de Bannalec». Un spectacle programmé les 23 et 24 juillet prochains, au festival des Vieilles charrues.


s’exclame, le saxophoniste, en ordonnateur de cette plongée musicale dans les souvenirs fragmentés d’un musicien de campagne.

Gloires locales

Mais, au hit-parade de la mémoire qui flanche, les gloires locales disputent toujours la vedette aux figures adulées de la petite reine. «Hinault, Merckx et Thévenet sont venus-là, quand Auguste Salaün, virtuose de la bombarde, et l’accordéoniste Bertrand Tanguy jouaient encore.» Pourtant, sans nostalgie, les auto-tamponneuses et les courses cyclistes de la fête finissent par s’évanouir dans les craquements d’un vieux 78 tours d’accordéon musette. «A Carhaix, on ne dansait pas la gavotte comme à Bannalec», affirme, le musicien, avant


d’émanciper son saxophone dans un métissage musical aux accents énergisants de Bollywood orchestra. Les doigts électroniques du percussionniste finissent de rembobiner le temps, alors que la voix d’une vieille chanteuse de l’île Rodrigue se perd à son tour dans des chants d’oiseau. Avec «Les pardons de Bannalec», Jean-Louis Le Vallégant revisite ses souvenirs intimes de musicien, et revient, en fils prodigue échappé du peloton des sonneurs ordinaires, pour rafraîchir la tradition de couleurs venues d’ailleurs.

Jean-Pierre Bénard

Avant-première du nouveau spectacle du Vallégant noz unit, donné le 14 juillet 2005 à l'espace Glenmor de Carhaix (Finistère).


Au cabaret breton des Vieilles charrues

Après «Swing noz», un premier volet produit en 2003 mêlant gavotte des Carpathes, mélopées malgaches et ridées électroniques, Jean-Louis Le Vallégant revient avec «Les pardons de Bannalec.» Un nouveau spectacle, ouvert sur les musiques d’ailleurs et l’image, et qui sera présenté au cabaret breton des Vieilles charrues.

Comment est né ce nouveau projet ?

J’avais envie de revenir à une création sur mon nom. J’étais resté un peu loin de la musique, ces deux dernières années. Claude Guinard, le directeur des Tombées de la nuit, m’a sollicité. Il a littéralement flashé sur une démo bâtie autour d’un répertoire né en 2002. Par la suite, on a trouvé les Vieilles charrues sur notre route, ce qui nous a permis de rajouter la dimension de l’image au spectacle, avec des documents empruntés à la cinémathèque de Bretagne.

Quelle est l’idée de départ ?

Le spectacle est construit pour que le spectateur rentre dans le parcours d’un gars, sans nostalgie et sans paroles. A la manière d’un carnet de voyage dans les méandres de ses souvenirs, autour de rencontres très fortes et d’un peu de sensualité.


Jean-Louis Le Vallégant, ici photographié par Rodolphe Marics, revient sur la scène avec un nouveau groupe et «Les pardons de Bannalec», un spectacle présenté au cabaret breton des Vieilles charrues.

Avec une sorte d’hommage aux musiciens ordinaires. J’ai aussi voulu donner la possibilité à la jeune génération de s’exprimer sur la scène. La moitié des musiciens du groupe a moins de 25 ans.

Dans quel état d’esprit aborderez-vous les Vieilles charrues ?

Le chapiteau du cabaret breton des Vieilles charrues devrait être un endroit cosy, un peu plus calme. Mais on s’est préparés à l’ambiance particulière du lieu.

On a cette expérience. A nous de convaincre le public. Pour nous, c’est un bonheur d’être aux Vieilles charrues et d’avoir cette possibilité unique de jouer deux jours d’affilé, avec toute la résonance médiatique apportée à notre spectacle par le festival.


Recueilli par J-P. Bénard