La Princesse du rail a ses vapeurs

Chaque samedi des mois d'été, la locomotive Pacific 231 G embarque les amateurs de sensations ferroviaires sur la voie du mythique réseau ferré breton, de Paimpol à Pontrieux.

Ils viennent de Saint-Tropez pour chercher la fraîcheur et le calme carhaisien depuis 5 ans. «On ne supporte plus la canicule du littoral méditerranéen», confient Renée et Guy, deux vacanciers sur le point d’embarquer, samedi dernier, pour Paimpol et le train vapeur de Pontrieux. «Chez nous il n’y a pas de train. Il faut aller à Saint-Raphaël ou Toulon pour en trouver. Et ces balades en train authentique, c’est vraiment super pour la découverte des paysages.» Dans le convoi affrété pour l’occasion par la CFTA, Olivier 5 ans, colle de grands yeux ébahis à la fenêtre du wagon encore en gare. «C’est la première fois que je prends le train !», confie le gamin, descendu de ses montagnes d’Auvergne avec ses grands-parents.

Sur le quai, le chef de gare donne le coup de sifflet strident du départ. Bientôt, au passage d’un faisceau d’aiguillages, la voiture du TER prend de la vitesse et tangue babord-tribord. «On se croirait dans un bateau !», s’exclame une voyageuse, au milieu d’une troupe de vacanciers en short et sandalettes estivales. De part et d’autre de la voie, le maïs prospère et défile sous les fenêtres entre champs moissonnés, et zébrures sans fin des lignes du téléphone ferroviaire. «Il n’y a pas de chef de gare !», lance un voyageur étonné au passage de la station abandonnée de Moustéru.

A Guingamp, tout le monde descend. «Le changement n’était pas prévu», s’excuse Céline, une des accompa- gnatrices mandatées par la communauté de communes du Poher. «Ça rompt un peu le charme de l’équipée», regrette de son côté, Jacques, un carhaisien de 68 ans venu fêter son anniversaire avec toute sa famille cheminote.


Alain Rapineau est le mécanicien passionné du train à vapeur Paimpol-Pontrieux. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


A la pause déjeuner paimpolaise, le soleil joue à cache-cache dans la mature des vieux gréements. Les cuistots transpirent au fond des crêperies du Paimpol historique et les voyageurs retrouvent bien vite le sourire. «Sans la passion, je ne serais pas là», déclare tout de go Alain Rapineau, sur le quai d’embarquement du train vapeur.

Charbon écossais

Lunettes de mécanicien collées au front et silhouette d’ancien conducteur SNCF enserrée dans un bleu noirci de charbon, le secrétaire de l’association Pacific vapeur club couve sa protégée du regard. «Elle s’appelle La Princesse. Elle est née en 1922 dans les ateliers Batignolles-Chatillon à Nantes», explique-t-il au sujet de la prestigieuse locomotive à vapeur, classée monument historique en juin 84, et chargée de remorquer le convoi de six voitures voyageurs anciennes jusqu’à Pontrieux. «Elle peut tracter un train de 400 tonnes à 130 km à l’heure»,


confie-t-il, avec un brin de fierté devant cette machine puissante, transpirant d’odeurs d'huile chaude et de bouffées de vapeur blanche. «Quand on la conduit, on sent que ça vit et que ça respire.» Si elle sent bon la fumée âcre du charbon écossais qui flambe dans ses entrailles, la Belle est aussi gloutonne sous sa parure verte et noire. «Elle consommait 7 à 8 tonnes de charbon sur un Paris Cherbourg et va engloutir 4 000 litres d’eau sur les 17 km du trajet jusqu’à Pontrieux», prévient le chauffeur bénévole sous les regards admiratifs des voyageurs.

Même Barry, un plaisancier anglais au mouillage dans le port de Pontrieux n’en revient pas. «Elle est belle. Bien plus belle que la loco du Bluebell Railway qui fonctionne encore dans le sud de l’Angleterre.»

Jean-Pierre Bénard

La Pacific 231 G est une vieille dame de 84 ans, au passé prestigieux, choisie également par les cinéastes Claude Chabrol et Claude Lelouch pour figurer dans Une affaire de femmes et Les Misérables. (Photo©Jean-Pierre Bénard).