Velibor Čolić : « Une fin heureuse à l'exil »

Sur son chemin de réfugié, Douarnenez est devenu port d'attache en 2006. Désormais familier de la cité penn-sardin, l'écrivain bosniaque Velibor Čolić vient de publier Ederlezi, son quatrième roman écrit en langue française. Rencontre avec un auteur, également investi dans la tenue d'ateliers d'écriture auprès des jeunes bretons.

Ce jour-là, la haute stature grisonnante de Velibor Čolić (prononcez tcholich), arbore son habituelle veste de cuir noir. Dans un français teinté d'humour et mâtiné d'accent des Balkans, l'auteur bosniaque vous conte en quelques mots vifs une vie commencée un demi-siècle plus tôt, dans un bourg de Bosnie-Herzégovine. « Une petite ville sans importance, à la frontière croate, au nord de la Bosnie. Je le dis parfois en rigolant : c'est comme si, étant Français, j'étais né à Clermont-Ferrand ! »

Rattrapé par la guerre

Son prénom signifie littéralement « grand pin » et l'écrivain Velibor Čolić en sourit aujourd'hui. « Mon père est allé chercher un prénom slave pour affirmer des racines antérieures à l'ère chrétienne. Cela dit, que l'on soit né à Sarajevo, à Zurich ou à Paris, je reste persuadé que notre lieu de naissance nous forge pour le restant de nos jours. »

Au début des années 90, l'ex-étudiant de lettres et de langues yougoslaves à Sarajevo et Zagreb, travaille comme critique littéraire et chroniqueur rock à la radio régionale de Modriča. Quand la guerre le rattrape. « À l'époque, raconte-t-il, j'étais déjà écrivain et j'avais publié trois livres. Je me suis retrouvé plongé dans un conflit qui n'était pas le mien. J'étais soldat mais ce n'est pas moi qui suis allé à la guerre. C'est la guerre qui est venue à moi. »

« Le trou noir »

Velibor Čolić est depuis longtemps défenseur de l'idée d'une république laïque de Bosnie. « La seule chance d'avenir pour ce pays, assène-t-il.


L'écrivain d'origine bosniaque Velibor Čolić est devenu douarneniste d'adoption depuis 2006. (Photo : © J-P. Bénard)


Chez nous, l'islam avait une histoire de cinq siècles. Être musulman, chrétien ou juif, cela n'avait pas d'importance. Brusquement, poursuit-il, ce pays est tombé dans une espèce de trou noir, avec les guerres ethniques, les camps de concentration, les assassinats et les réfugiés. » Ses aspirations piétinées, l'écrivain fuit les combats. Prisonnier, il s'évade en 1992 pour la France, via Strasbourg, où il obtient le statut de réfugié politique. Non sans regrets amers sur le saccage du vivre ensemble dont il a été le témoin.

Invité pour le festival du cinéma, Velibor Čolić arrive à Douarnenez en 2006. « J'avais déjà essayé à deux reprises de me mettre à l'écriture en français. C'est ici, en 2008, que c'est venu », sourit l'écrivain qui prépare son cinquième livre dans la langue de Molière : Manuel d'exil, sous-titré : Comment réussir son exil en 97 leçons. Ce livre racontera son histoire de réfugié, « Sans que cela ne soit triste. On n'a pas besoin d'être triste pour être sérieux ».

« Locataire d'un pays, d'une langue »

« Ici, à Douarnenez, je ne suis pas chez moi, mais comme un locataire. J'ai tout loué : un pays, une langue. Aujourd'hui, mon projet est de rester en France », confie le romancier, qui transmet aussi son savoir-faire d'écrivain aux jeunes collégiens et lycéens bretons, comme à Saint-Blaise en 2013, ou à Hennebont (Morbihan), plus récemment. « Le niveau général des scolaires me semble super et la croyance dans la capacité d'élévation de l'école républicaine marche en Bretagne, mieux que partout en France. » Velibor Čolić, désormais auteur francophone, l'avoue sans détours : « Obtenir la nationalité française, ce pourrait être la fin heureuse de mon livre sur l'exil. »

Jean-Pierre Bénard

Portrait de l'écrivain bosniaque Velibor Čolić, écrit et publié en mars et avril 2015.