Le théâtre prémonitoire de Victor Haïm

Molière 2003 du meilleur auteur francophone, Victor Haïm était l’invité, samedi 24 mars au Cinédix à Carhaix, de la 5e Rencontre des auteurs de théâtre.


Il a été ébloui par Le diable et le bon dieu, de J.-P Sartre et Mère courage de Bertold Brecht. « La valse du hasard est une de mes pièces les plus jouées, notamment par Fabrice Lucchini et Andréa Ferréol », confie Victor Haïm, l’homme aux quarante œuvres théâtrales traduites en 16 langues dans le monde entier. « Ce soir je vais lire Furieux, ma dernière pièce en date et inédite à ce jour. C’est intéressant de pouvoir en faire une lecture publique pour voir ce qu’elle donne. »

Pendant près d’une heure et vingt minutes, l'auteur s’est livré en effet à un véritable travail de comédien, donnant vie à toute une galerie de personnages savoureux et aux identités repérables à leurs accents. L’intrigue de Furieux ? « Il n’y en a pas vraiment. Je travaille plutôt sur des thèmes. Par exemple : peut-on se passer des autres ? »

Un bastion de résistance

Et Victor Haïm d’entamer, à grands traits grossis par les effets théâtraux, le personnage du riche sénateur Godefroy, bouillonnant et éructant des insanités racistes en subissant la tyrannie de douleurs physiques effroyables et d’une malvoyance précoce.


Victor Haïm a donné une lecture haute en couleurs de Furieux, sa dernière pièce, à l’occasion de la 5e Rencontre des auteurs de théâtre. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


« Un homme de droite plutôt épouvantable. Un peu caricaturé, certes », concède l’auteur, pas mécontent de voir sa pièce rattrapée par une actualité dans laquelle l’identité nationale tient désormais le haut du pavé. « J’ai toujours écrit des textes un peu prémonitoires. » Ironie de l’histoire, le politicien Godefroy se verra soulagé par une mama guérisseuse maghrébine tout à


fait désintéressée. « Superbe ! », se sont écriés les spectateurs devant la performance de Victor Haïm. Un auteur bien décidé par ailleurs, à faire du théâtre un ultime bastion de résistance à la xénophobie ambiante.

Jean-Pierre Bénard

  • Chronique de la 5e Nuit des écrivains de théâtre, organisée à Carhaix (Finistère), le samedi 24 mars 2007.