Un rock à l'écoute des vibrations du monde au Run ar Puns

Les murmures rock de Fred Vidalenc


Samedi, Fred Vidalenc, l’ex-bassiste de Noir Désir, a offert au public du Run ar Puns les compositions de son premier album solo. Un rock minimaliste fait d’ombres et de lumières, sur des textes murmurés, zébrés de couleurs pastel à l’écoute des vibrations du monde.

Ça commence avec une basse obstinée martelant la coulure du temps sur un fond de souffle électronique. Fred Vidalenc est de retour sur la scène après une longue éclipse volontaire, auréolé de son image de bassiste «historique» de Noir désir. «On se rive à des rocs pour amortir les chocs», lance-t-il, au public, comme pour évoquer la période de deuil d’une histoire devenue ancienne.

À ses côtés, paré des couleurs électriques des jeux de lumière du Run ar Puns, Eric Nedellec, le guitariste, égrène des petites mélodies minimales, «tous ces bruits qui s’accumulent à mesure que le temps recule», avant d’embarquer pour les chevauchées sonores d’un gros rock puissant, nourri par la batterie métronome de Frank Lantignac et les riffs costauds du solide guitariste breton venu du groupe William Prat. «Sentir le soleil sur ses paupières, humer toutes les odeurs de la terre», psalmodie Fred Vidalenc, tiraillé entre l’appel aux longues routes d’errance maritime façon Moitessier, et les délices des petits rien de la vie domestique.


Fred Vidalenc, ex-bassiste de Noir désir, a donné, samedi soir au Run ar Puns, un concert fait d’un rock à la fois intimiste, acoustique et puissamment électrique.

«Je veux m’intéresser aux gens qui encaissent les coups sans rien dire et dont on ne parle pas», confie le musicien, par ailleurs navigateur hauturier aux longs cours. Dans ses chansons intimistes et méditatives, «les volets bleus de la petite maison d’Irène» s’ouvrent sur une campagne où galopent «des chevaux souples et beaux qui nous regardent dormir». Fred Vidalenc murmure à leurs oreilles des mots délicats happés par les tréfonds d’un implacable mur sonore. Les guitares noient bientôt leur spleen écolo dans les notes d’un clavier aquatique.

C’est le bout du voyage. Ne subsistent plus, sur la scène désertée, que des bruissements d’insectes électroniques et le mystère d’un musicien tout juste sorti de sa chrysalide, à la manière du portrait illustrant l’album de l’artiste : un visage encore à demi masqué du heaume protecteur de ses doigts joints.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Fred Vidalenc organisé par le Run ar Puns, le samedi 8 mars 2003, à Châteaulin (Finistère).