« Il ne faut pas rompre la chaîne des sonneurs »

Yves Berthou, le talabarder de Berrien est un passionné de musique bretonne. Il était au nombre des sonneurs qui ont joué le dimanche 8 avril au cours de la 36e édition du Printemps de Châteauneuf. Trois questions au champion de Bretagne 2011.

Le Printemps de Châteauneuf, c’est une longue histoire ?

J’ai sonné lors des premières éditions, à l’époque où le Printemps de Châteauneuf était encore installé à Penn-ar-Pont. Yann Le Meur et Michel Toutous sont les initiateurs de ce rendez-vous, qui reste une occasion assez rare pour les couples de sonneurs et de chanteurs de pouvoir s’exprimer. Mon terroir de prédilection, c’est celui de la gavotte des montagnes que je sonne en couple avec Fañch Pérennès, mon compère. Ensemble, nous avons gagné le championnat de Bretagne à Gourin, en 2011.

Sonner en couple, est-ce que c’est toujours aussi populaire ?

C’est une approche de la musique bretonne qui n’est pas très motivante pour les jeunes sonneurs. Approfondir les styles et s’en approprier toutes les finesses, ça demande du temps et du travail. C’est assez ingrat. Et beaucoup préfèrent jouer dans des groupes de fest-noz qui vont les propulser bien plus rapidement sur le devant de la scène. Personnellement, je n'aime pas trop l'esprit concours. ce n'est pas tellement mon truc. Mais c'est tout de même une occasion de se retrouver et de retravailler des répertoires de noce, de mélodies ou de marches que l'on a plus trop l'occasion de jouer.


Yves Berthou, ici avec Fañch Pérennès, lors de la 36e édition du Printemps de Châteauneuf, le 8 avril 2011.


Gourin, ça permet de renouer avec ces airs-là et d'en découvrir de nouveaux.

La musique bretonne, c’est venu comment pour toi ?

J’ai débuté la musique à 12 ans. Même si j’ai dû arrêter de jouer pendant quelques années à cause de mes activités d’agriculteur et de gérant d’une ferme-auberge, je n’ai jamais perdu le lien. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas les écoles et les stages qui existent aujourd’hui. On se débrouillait comme on pouvait. On jouait et on apprenait en écoutant les anciens sonneurs et chanteurs. Ils étaient très larges d’esprit


pour jouer avec des jeunes musiciens débutants. Chose qui a un peu tendance à disparaître aujourd’hui, il me semble. C’est la raison pour laquelle, l’an passé, j’ai fait le concours de Gourin avec un jeune. Je pense que c’est important de transmettre et de continuer ainsi la chaîne des sonneurs.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Entretien publié le 8 avril 2011, à l'occasion de la 36e édition du Printemps de Châteauneuf-du-Faou (Finistère).