« Zebda, c’est notre meilleur porte-voix »

Après deux passages aux Charrues dans les années 90, le rock festif et engagé des Toulousains de Zebda est de retour à Kerampuilh, le 19 juillet. Entretien avec Hakim Amokrane, chanteur du groupe.

Quel effet cela fait-il de jouer aux Charrues ?

Jouer aux Vieilles Charrues, devant autant de monde, c’est assez impressionnant. Et puis, c’est LE festival par excellence : fondé sur le travail des bénévoles. Et devant 40 000 personnes ou plus, ça fait tellement de gens, qu’à la fin, vu de la scène, ça ne fait plus qu’un. Et ça procure évidemment un bonheur intense. On y a d’ailleurs déjà joué, au tout début du festival, quand ça se passait encore au centre-ville de Carhaix. Les Charrues, ça fait battre le cœur de tout un pays, et des festivals de cette ampleur-là, basé sur le bénévolat et l’idée de la solidarité, il n’y en a pas vraiment d’autre en France.

Comment se porte la chanson francophone et engagée ?

Il y a un renouvellement de la chanson française qui s’est fait, ces dernières années, via le hip-hop et le rap, avec des groupes comme IAM ou NTM. Mais c’est vrai que, de nos jours, la jeunesse est plutôt incitée à consommer, au lieu de s’intéresser au fond des choses. Si tu fais du foot ou de la musique aujourd’hui, c’est pour être une star, passer à la télé et gagner beaucoup d’argent.

Depuis Le Bruit et l’odeur, sorti en 95, les choses ont-elles changé ?

Le récent changement de gouvernement, c’est un soulagement. Après cette droitisation de la vie politique et cette parole raciste qui s’est lâchée dans le pays, si on avait fait la chanson Le Bruit et l’odeur aujourd’hui, on aurait dû faire un triple album.


Le rock festif et métissé de Zebda fait son grand retour sur la scène Kerouac des Charrues, le 19 juillet (photo : droits réservés).


Comme des millions de gens, on a été contents que la France soit championne du monde de football en 98, avec cette équipe « black-blanc-beur » qui a tant fait fantasmer.

Mais, à l’époque, c’était déjà dur pour les enfants d’immigrés et ceux des quartiers populaires d’être acceptés en tant que citoyens français. Même quand ils ont grandi en France. C’est pour ça qu’on a écrit la chanson Le dimanche autour de l’église. On y parle de cette multiculturalité. Mais sans angélisme, parce qu’on sait que c’est difficile. L’intégration, pour nous ça n’a pas de sens. En ayant grandi ici, je me sens autant Français que mon voisin Michel.

Votre dernier album s’appelle Second Tour. Il n’y en aura pas de troisième ?

Il n’y aura pas de troisième tour pour Zebda, mais le second durera autant que le premier (rires).


Les retrouvailles sont mieux que je ne l’espérais : dans la manière de faire de la musique et dans les relations humaines. On se retrouve avec l’envie de bien faire les choses. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, on peut se sentir prêts à repartir pour quelques années. Zebda, c’est le meilleur porte-voix que l’on puisse avoir. On chante un peu partout en France cette année et ça va être un bel été pour nous. Avec le public, il y a un vrai partage et c’est grâce à lui qu’on a les « jambes ».

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Zebda aux Vielles Charrues. Scène Kerouac, le 19 juillet 2012. Billets : 41 € à la journée. Pass trois jours : 105 €



Entretien avec le chanteur Hakim Amokrane, du groupe Zebda, avant leur passage au festival des Vieilles Charrues, à Carhaix, et publié le 4 juillet 2012.