Zebra : « Le bagad Karaez a été ma muse »

L’album tant attendu de Zebra et du bagad Karaez est sorti officiellement un samedi d'octobre 2012 avec deux mini-concerts à Carhaix et au Baccardi, à Callac (Finistère). Entretien avec Zebra, rockeur amoureux des cornemuses.


Ce mélange entre cornemuse, bombarde et chanson rock, c’est relativement inédit ?

On pourrait penser qu’on se livre à un détournement d’instruments. En fait, non. Ce sont des instruments comme les autres, auxquels je fais jouer des parties qui sont inhabituelles dans le répertoire des bagadoù. Et, finalement, ça marche assez bien et ça montre que toutes les musiques peuvent être ouvertes.

Comment s’est passée la collaboration avec les musiciens du bagad Karaez ?

Ça s’est passé à l’envie. Le véritable moteur, c’est l’énergie qui s’est créée entre nous, dès le début et le fameux concert de juillet 2008, aux Vieilles Charrues. Avec un seul titre, La marche impériale de Stars wars, je me suis aperçu que le son des cornemuses pouvait se prêter facilement à une certaine expérimentation. Au bagad Karaez, il y a comme une fraîcheur qui permet d’éviter les choses convenues. En fait, ils écoutent du rock et de la musique électronique. Des musiques qui font partie de mes influences. Moi, je leur ai apporté un certain sens du rythme, une façon de se placer et de jouer sur scène, un peu à la manière d’une fanfare de cuivres. Et avec beaucoup d’entraînement et de répétition, le déclic s’est opéré.

Le son du bagad est-il brut de décoffrage ou les enregistrements ont-ils fait l’objet d’une postproduction en studio ?

Cet aspect a fait l’objet d’une grosse discussion avec Marlon B., le réalisateur de l’album. Il n’avait jamais entendu le son d’un bagad, un univers très loin de ce qu’il produit habituellement. Très vite, il m’a demandé : est-ce qu’on trafique le son pour essayer de le rendre plus juste ? J’ai tout de suite dit non. Je tenais à ce que ça reste comme ça. La justesse, c’est vraiment le bagad. On a fait en sorte que les prises faites à Carhaix soient les meilleures possibles et constituent de bonnes bases pour travailler l’album.


« L’appel des cornemuses a un côté mystérieux et martial qui intrigue et fait vibrer les gens. Après, ça roule tout seul avec le public », confie aussi Zebra, ici lors du concert avec le bagad Karaez à l’espace Glenmor, en juin 2012. (Photo©Jean-Pierre Bénard).


La participation d’Arno, Cali et du chanteur Tom Hogg, à quoi est-elle due ?

Ce sont des vieux amis. Cali et moi, on a dû faire une bonne vingtaine de scènes ensemble depuis six ans. Je trouvais que son timbre de voix correspondait bien à cette musique celtique. Arno, on se connaît depuis dix ans mais on n’avait jamais rien fait ensemble. Je suis très fan de ses chansons et il a dit oui tout de suite. Avec Tom Hogg, on avait monté un groupe franco-anglais il y a trois ans, sans pouvoir faire d’album. Le choix de ces trois artistes a un sens pour moi et résume assez bien l’histoire de mes envies.

Deux mini-concerts sont prévus samedi chez Leclerc, à Carhaix et au Baccardi, à Callac ? (En octobre 2012. NDLR)

Oui. À Carhaix, ce sera pour présenter l’album aux Carhaisiens dans une formation réduite et, à Callac, on jouera avec les 25 musiciens dans une formation presque complète, hormis les cuivres, pour interpréter le répertoire que l’on défend actuellement sur scène. Pour la suite, le téléphone breton est très, très efficace. Au moins autant que le téléphone arabe (rires). Nous serons à Paris, et à Rennes, le 13 et le 22 novembre et ces deux concerts seront essentiels pour le projet de tournée en 2013.


L’inspiration du titre Funk-sur-Mer, c’est parti d’une légende celtique ou bien est-ce une coïncidence ?

Ça devait sûrement être dans un coin de ma tête. Le bagad Karaez a été ma muse et m’a redonné le goût de l’écriture. Je me suis inspiré de Funkedelic, un groupe de noirs américains qui avait inventé, il y a 30 ans, un concept de capsule spatiale réservée aux Noirs, comme solution radicale à la lutte des classes aux États-Unis. Le côté celtique, c’est effectivement l’appel lointain des bombardes et des cornemuses qui font que les voyageurs se perdent en mer. Avec un petit côté humoristique aussi. C’est pour ça que ça s’appelle Funk-sur-mer.

Est-ce qu’on vous reverra prochainement à Carhaix avec le bagad ?

J’espère bien ! Le bruit a couru que le bagad et moi rêvons de revenir aux Charrues l’an prochain (en 2013. NDLR). Rien n’est décidé et on n’en n’a pas vraiment parlé. Ce serait l’idéal. Nous avons été tellement bien accueillis à l’espace Glenmor en juin dernier, que ce serait bien qu’on y rejoue aussi. De toute façon, tout passe par Carhaix et on y reviendra bientôt.

Recueilli par Jean-Pierre Bénard

Entretien avec Zebra, publié en octobre 2012 à l'occasion de la publication de son album Zebra & bagad Karaez.