La savane électro-dub de Zong et Zenzile

L'électro avant-gardiste du trio réunionnais et le dub instrumental et puissant des angevins ont joué à guichet fermé au Run ar Puñs vendredi soir.


Des jets de lumière bleue inondent le plateau du Run ar Puñs. Chaussée de bas de laine bariolés de mauve et noir, Drean, la chanteuse de Zong, officie seule à l'avant-scène. «Depuis que Charles est stone, le monde est à l'envers», susurre-t-elle au micro, sur fond sonore de mélodica haché menu par la rythmique d'une batterie syncopée.

Dans les landes électroniques peintes par les sons programmés de Costa, se croisent des lapins électriques et des androïdes dépressifs de science-fiction. «Au degré zéro de liberté, Zong me down. Reviens me déprogrammer !», lâche la chanteuse d'une voix plaintive comme saturée d'endomorphines cérébrales. Agrippé à son clavier, Costa agite sa crinière rouge en faisant rugir ses machines piégées dans une savane striée de câbles électriques. «I hate your face. I hate when you apologize !», enchaîne la teigneuse égérie de l'électro réunionnais, tête hérissée de tresses punk, sur un climat de jazz avant-gardiste rappelant les machines molles de Robert Wyatt.

Déferlante de basses puissantes

Dans la salle, les yeux mi-clos, les spectateurs goûtent la dernière envolée de musique organique du trio réunionnais. Il est près de minuit et demie, et le dub angevin de Zenzile déboule à son tour sur la scène du Run. La voix limpide d'une cantatrice anglo-saxonne s'élève


Vendredi soir, au Run ar Puñs, la musique des réunionnais de Zong et des angevins de Zenzile a embarqué le public pour un voyage aux confins des savanes électro-dub.


quelques instants à capella, en forme d'ultime recueillement avant la déferlante de basses puissantes dévalant des machines drapées de noir du quartet. Les dubs s'enchaînent, le DJ troque sa platine pour une basse et les musiciens de Zenzile croisent leurs regards. «Bonsoir. On est ravi de venir jouer à nouveau dans ce club mythique», lance un des officiants aux manettes. Un riff de saxo se faufile dans la pénombre du fond de scène. Du bout du pied, le guitariste jongle compulsivement avec les pédales d'effets. Côtes secouées par les infra basses, le public étanche sa soif de nappes électros sous les enceintes et se laisse bientôt happer par un grondement d'orgues surgi des abysses.


Une pulsation reggae rattrape une mélodie furtive de flûte traversière. Puissant, au carrefour des musiques de machines mâtinées d'influences reggae, métal ou afro beat, le dub énergique et évocateur de Zenzile s'est imposé une nouvelle fois, vendredi soir au Run.

Jean-Pierre Bénard

Chronique du concert de Zong et de Zenzile, donné au Run ar Puñs à Châteaulin (Finistère), le vendredi 20 octobre 2006.